Dossier : Les DJ sets « all night long », pour la performance ou pour le public ?

Le T7 Paris annonçait il y a quelque temps la venue de Kölsch à Paris pour le 30 mars, en vue d’un DJ set all night long. À la lecture de ces termes, les fans du danois succombent alors de plaisir : celui-ci jouera un set de 5 à 6h derrière les platines du club de la Porte de Versailles. Les performances en la matière s’avèrent cependant rares en la matière : peu de DJs peuvent s’adonner à l’exercice, qui demande une concentration de tous les instants, ainsi qu’une implication artistique exceptionnelle.

All night long : kézako ?

Pour les moins anglophones d’entre nous, all night long signifie « tout au long de la nuit ». On désigne ainsi des soirées ou des sets où les DJ jouent de l’ouverture du lieu jusqu’à sa fermeture. Vous l’aurez compris : il s’agit là d’un véritable exercice, tant physique que mental, qui requiert de l’endurance à tous les niveaux, mais aussi et surtout une construction de set millimétrée et une culture musicale exceptionnelle. En effet, on serait tenté de penser que l’on dispose de toute la nuit pour jouer ses morceaux. Et bien non, chaque set de la sorte nécessite un travail colossal de la part de l’artiste, qui devra également jeter un oeil à son dancefloor et prendre la température des clubbeurs … Autant dire que cela n’est pas de tout repos.

Les all night longers du milieu

Ce genre d’exercice impose, malgré lui, une certaine dichotomie. En effet, il s’agit essentiellement de la scène house/tech-house/techno qui propose ce genre d’expérience. Ainsi, pêle-mêle, on pourra citer Maceo Plex, Kölsch, Laurent Garnier, ou encore The Black Madonna, les deux derniers faisant office de référence quand il s’agit de tenir des heures et des heures durant derrière les platines. Certains privilégient la performance pour un événement spécial, à l’image de Carl Cox pour sa dernière au Space Ibiza. En France, les Dusky étaient venus jouer 6 heures au feu Showcase Paris, dans le cadre d’une tournée européenne d’all night longs : les Take a Trip.

Et certains adorent l’exercice ! Midland, auteur du magnifique « Final Credits« , révélait récemment qu’il lui arrivait souvent de ne commencer à s’amuser qu’à la fin de ses sets normaux de deux heures. Cela en dit long ! Pareil pour Laurent Garnier, qui n’hésite pas lors de sa Boiler Room pour le Sucre à Lyon de repousser son heure de fin de set pour contenter son public. Impossible également de ne pas citer la légende Drum’n’Bass Andy C, qui en plus de voguer entre les styles, composait avec un setup de trois platines. Celui-ci adorait cette sensation de « continuité » dans le mix.

La scène EDM ne propose pas ce genre de performance, ou bien très rarement : on évoquera ici Armin Van Buuren, qui aura étendu son set à l’Untold Festival pour finir à 9h et quelques du matin au terme d’une prestation émouvante et anthologique.

Les efforts à consentir 

Qui dit all night long suppose de nombreuses heures aux platines. Aussi talentueux soient les DJ, ceux-ci restent avant tout des êtres humains aux besoins primaires (manger, boire, toilettes), et une saute de concentration est vite arrivée derrière le DJ Booth avec les amis qui font la fête derrière … Le DJ compose avec des facteurs externes pas évidents, ce qui rend la performance d’autant plus noble.

À côté de ces besoins primaires, viennent les facteurs internes. Un all night long ne consiste pas à simplement balancer track après track, sans cohérence. Nous le disions plus tôt : il s’agit de faire attention à la réaction du public, mais aussi de construire le moment, afin que l’édifice musical demeure stable. Le DJ français Romain Play, de Camion Bazar, précisait récemment qu’un bon DJ set, c’était « une entrée, un plat, un trou normand, un plat de résistance, un trou normand, du fromage, un gros trou normand et pour finir un dessert qui t’achève« . Derrière la formulation un peu drôle se cache une vérité essentielle : il s’agit d’appâter le clubbeur, de le faire saliver, de lui asséner quelques tracks assassins qui le lancent définitivement. Ensuite, de jouer des morceaux de peak time, qui contribuent à garder le dancefloor en apesanteur, comme :

Ou encore :

Pour le dessert, des classiques de chez classiques suffiront à magnifier la soirée des fêtards. Comme cela par exemple (Track ID – Chic – I Want Your Love [Todd Terje Edit] ) :

 

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ᴅɪSᴄᴏ ɪɴ ᴛʜᴇ ᴊᴜɴɢʟᴇ! @paradiseprds Sᴘᴇᴄɪᴀʟ ᴛɪᴍᴇS. ɢʀᴀᴄɪᴀS ᴛᴜʟᴜᴍ. ♥️🇲🇽

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Autre exemple : Dixon, label founder du label de melodic deep Innervisions, disait qu’il construisait ses sets de sorte à raconter une histoire, afin de captiver la foule, et l’emmener avec lui pour un voyage au bout de la nuit. Si cela correspond entièrement au style de musique que l’allemand joue, l’affirmation prend tout son sens pour notre propos, car une histoire n’est bonne à dire que si elle est bien racontée…

Les astuces sympa

Face au challenge du all-night long, les DJ rivalisent d’astuces afin de tenir derrière les platines et proposer une soirée d’exception. Midland fait confiance « aux pommes et aux M&M’s avec des cacahuètes » par exemple afin de rester debout. D’autres préfèrent lancer la soirée doucement, en jouant d’abord leurs influences afin de faire découvrir au public leur monde : on pensera ici aux Dusky. Certains mixent entre potes : sont concernés Jamie Jones et les Martinez Brothers, très adeptes du procédé que ce soit en all night long ou en festival (The Kazbah à Burning Man, qui dépasse la dizaine d’heures de set!)

Côté Français, nous ne résistons pas à l’idée de vous évoquer le trio Apollonia. Composé des parisiens Shonky, Dyed Soundorom et Dan Ghenacia, ce super-groupe représente depuis désormais quelques années une véritable référence des soirées d’Ibiza. Sa réputation s’est également construite sur le fondement de leurs sets longue durée : nous prendrons pour preuve leur mix de 9h (!) au Panorama Bar/Berghain, qui, pour la petite anecdote, constitue l’élément fondateur du trio. Ils reproduiront l’expérience au Sonus Festival, en Croatie. Cela aurait pu en effrayer plein, mais les trois compères répliquent facilement qu’ils viennent pour faire danser les gens, et qu’à trois, ils peuvent tout affronter … Qui écoute un de leurs sets voit le procédé : les Parisiens alternent lorsqu’ils mixent, ce qui permet aux autres de bien prendre la température de la soirée. Doublez cela d’une culture musicale absolument folle de leur part, qui vogue entre micro-house, house, tech-house, italo-disco, et vous obtenez une prestation ultra qualitative.

En conclusion ? 

Pour finir le propos, nous dirons simplement qu’en notre sens, ce genre de DJ sets constitue une performance, qui doit être construite avec le public : il s’agit d’un long moment de communion entre le DJ et son public. Les adeptes de l’exercice, qu’ils soient DJ ou simples auditeurs le savent : la réussite d’une telle prestation dépendra de la qualité des tracks passées. Et quoi de mieux que de faire confiance à l’instinct du DJ pour cela ?

Amine

Mino
A.K.A. Mino. Aficionado de grooves endiablés et de douceur mélodique. DJ à mes heures perdues, un set ou stream tourne toujours pendant ma journée.