Hot Since 82 prend soin de nos oreilles avec son nouvel album, intitulé ‘Recovery’

Le format album commence à se populariser au sein de la musique électronique. Jusqu’à atteindre les strates de l’underground. C’est aujourd’hui au tour de Hot Since 82 de se dévoiler avec ‘Recovery’ qu’il sort sur son propre label, Knee Deep In Sound. Ce projet se fonde sur les derniers événements vécus par le british, comme la perte de l’un de ses meilleurs amis, ainsi que le contexte actuel. L’album était attendu par sa fanbase. Sera-t-il plébiscité par le plus grand nombre ?

Cet album est un projet thérapeutique pour moi, afin de revenir à un état d’esprit positif … (consécutivement à son vécu passé, NDLR)

Hot Since 82

Des invités de marque, au service d’une qualité sonore irréprochable

L’album repose, au-delà de la qualité de production que l’on connait au Londonien, sur la pléthore de vocalistes et producteurs ayant répondu présent à l’appel de celui-ci.

L’intro Nightfall (d’une durée de 8 minutes …!) repose sur la voix de Temple, laquelle se conjugue à merveille avec l’instrumentale deep house et les chords du morceau. Le vocal s’étire lors du bridge, et l’instrumentale joue subtilement avec. Une belle entrée en matière ! S’ensuit Eye Of The Storm, avec en featuring Liz Cass que nous avions pu entendre il y a peu sur le morceau ‘Gravity’ des Leftwing : Kody. La composition était sortie lors du début de la pandémie de Covid-19, ce qui explique son titre et même sa vibe. En effet, la vocaliste de jazz londonienne emprunte sa voix éthérée et mélancolique pour nous conter, au travers d’une production melodic deep qui prend son temps, les sentiments de douleur et de survie afférents au contexte actuel.

Exit ce morceau, Daley Padley nous emmène alors sur Naboo, en référence à la planète de Star Warsavec comme co-pilote la légendaire Kittin. Cela donne un morceau house-italo/disco, teinté de sonorités spatiales et UFO et jalonné de références à la saga de Lucas. Les interventions vocales de la française octroient finissent de nous catapulter dans l’univers des Jedi et autres Sith. La force est bien du côté de Hot Since 82 sur ce morceau ! Le retour sur Terre se fait en douceur avec Rules, composition melodic house très qualitative qui nous donne une impression délicieusement rétro avec son timbre légèrement eurodance, ce qui contraste avec le vocal soulful mais ne détonne pour autant pas.

Le titan de l’album arrive cependant à point nommé. Le très tech house Body Control est une ode à David Bowie, à l’époque punk, à l’amour sous toutes ses formes … Pour célébrer ces thèmes, Padley s’entoure de deux titans inter-générationnels : L’iconique figure dance UK Boy George, et le mastodonte de Hot Creations, Jamie Jones. Si on retrouve le premier au vocal du morceau, la patte du second se fait indéniablement sentir sur la composition, tant on retrouve la résonance caractéristique du label leader en matière de tech house. Hot Since 82 sait s’entourer, et Body Control le démontre avec brio !

Hide pourrait être résumé avec quelques mots : puissance (instrumentale) et subtilité (amenée par le doux et lascif vocal) caractéristiques du son Knee Deep In Sound. De la house simple, mais efficace. En parlant de vocal, Liz Cass fait son retour sur le LP avec Loverdose, assurément le morceau aux sonorités les plus radio-friendly. En effet, la jazzwoman occupe l’essentiel du morceau, si bien que l’instrumental semble taillé pour sa voix. Le refrain est addictif à souhait, et le drop qui le suit également. Vous vous surprendrez à fredonner le morceau, vous verrez !

Mastodontes de la scène Drum’n’Bass, les Rudimental rejoignent le casting de Recovery sur Be Strong, déjà playlisté sur BBC Radio 1, pour une production à mi-chemin entre le breakbeat et l’acid house. Les premières sonorités et les pointes de Roland TR-909 se mélangent agréablement bien, si bien que le track respire une combinaison de Dusky et de DJ Pierre, pour notre plus grand plaisir

Une jonglerie habile entre les styles

Source : Hot Since 82 – FB

Hot Since 82 démontre alors qu’il est un saltimbanque dans le milieu underground UK, tant la fin de l’album ressemble à une masterclass de production et d’éclectisme.

Sinnerman (en featuring avec Ed Graves) revient aux résonances habituelles de Daley Padley, avec un morceau melodic house spatial et enivrant, dont le final ne manquera pas de soulever une légère chair de poule de plaisir. Mais le producteur britannique prend le contre-pied de cette poésie électronique sur Mesmerize, en empruntant le style propre au label Running Back. Exit la mélodie (sauf sur le deuxième break), bienvenue aux percussions, à la basse et aux harmonies disco, si bien qu’on croirait entendre un morceau de Krystal Klear ou de Gerd Janson. Want You conjugue, quant à lui, habilement house et funk avec une bassline discrète mais qui s’affirme au meilleur moment.

Tout projet rondement mené consiste à refermer le cercle, avec une fin située au point de départ. Hot Since 82 confirme cette pensée en faisant à nouveau appel aux services de Temple sur Black & White. Un final très mélodique, qui emprunte des percussions afro et des sonorités au xylophone. Et puis, quel passage à compter de 2:35 !! Un voyage musical qui transporte l’auditeur aux cieux, en guise de baroud d’honneur de l’album, et qui précède un ultime drop façon breakbeat qui se clôt avec des chords sublimes. Ce morceau est donc melting-pot au possible. Comme quoi, le mélange des genres peut se faire, s’il est correctement réalisé.

Une thérapie efficace (?)

Le regard porté vers des jours meilleurs ? (source : Hot Since 82 – FB)

Avec ces 13 morceaux, Recovery agit donc en guise de thérapie pour l’auditeur et l’artiste. Pour le premier, le subtil mélange des styles, couplé au niveau des guests, offre une qualité sonore plutôt unique en son genre. Il s’agit donc d’un album à ne pas louper, car très hétéroclite. Même si l’entièreté du projet peut ne pas satisfaire les adeptes de l’homogénéité, ceux-ci y trouveront forcément leur bonheur dans deux ou trois tracks.

Pour l’artiste, il s’agit d’une façon d’enterrer le deuil et rendre hommage à son proche parti trop tôt, et de se soigner comme il sait le faire : au travers de sa musique. Hot Since 82 retranscrit dans Recovery l’essentiel de son parcours thérapeutique. La curiosité étant un vilain défaut, nous nous satisferons de la porte qu’il a ouverte à notre égard. Car elle fait son bonheur, ainsi que le nôtre.

Ecoutez Recovery de Hot Since 82 ci-dessous :

Amine
Responsable Tech House. Aficionado de grooves endiablés et de douceur mélodique. DJ à mes heures perdues, un set ou stream tourne toujours pendant ma journée.