Ce que révèle la sélection de l’Eurovision sur la scène électronique actuelle

Je sais, vous l’attendez tous avec impatience (c’est faux) : c’est enfin samedi soir qu’aura lieu l’édition 2024 du Concours Eurovision de la Chanson (le vrai nom de l’Eurovision). Alors que Slimane représentera nos couleurs avec une belle balade piano-pop et figure en bonne position chez les bookmakers, certains pays ont, quant à eux, misé sur des sonorités plus électroniques. Cela méritait donc une petite analyse de notre part.

Après la victoire de Loreen l’année dernière avec son énorme hit « Tattoo« , la Suède accueillera donc la 64ème édition du plus grand concours de chanson de la planète, pour la 7ème fois de son histoire. Une preuve de plus de la réputation de la Suède sur l’industrie musicale et notamment pour la pop music. C’est donc à Malmö, ville de naissance de la légende Gunther (ça fait toujours plaisir en soirée mondaine de caler cette info), que 37 chansons rivaliseront de « Ahhhhhh !!! » « Iiiiiiiiiiiiiiiiih », et de grandes envolées a cappella dans un combat sans merci de show visuels, vestimentaires, chorégraphiques et pyrotechniques !

Et s’il y a quelques années on vous avait proposé une sélection des titres de musique électronique ayant participé à l’eurovision et leur classement respectif, une certaine flemme nous a envahi pour effectuer la mise à jour. Nous avons préféré nous focaliser sur le présent, sur ce que nous propose cette édition, et ce qu’elle révèle de la scène musicale et particulièrement électronique actuelle.

Le virus de l’Eurodance s’est propagé au-delà des frontières.

On la pensait perdue à tout jamais dans de vieux CDs voire des cassettes VHS d’archive, à proximité de vieux vêtements fluo, mais l’Eurodance fait un retour fracassant ces derniers temps, jusqu’à toucher les sphères les plus sélectes et les plus hypes de l’underground. Il n’en fallait pas plus pour la voir se réintroduire dans la playlist de l’Eurovision. Dans ce style, 3 morceaux se démarquent en employant des esthétiques toutefois différentes.

Côté Finlande, all-in sur le côté Kitsch et absurde le plus assumé via le groupe Windows95man. Aussi bien dans le choix vestimentaire, la scénographie, que dans la thématique des paroles. « No Rules » étant un hymne à la liberté la plus totale. Une liberté à 160 BPM tout de même. C’est probablement le morceau le plus What The F de cette année, Gunther appréciera.

En plus de miser sur une production qui sent bon les années 90, l’Autriche a réussi avec Kaleen l’exploit de ressortir le cliché du clip typique années 2000, une jolie fille, des hommes musclées qui s’entrelacent de manière sexualisée dans un garage. La production est assumée, un peu générique mais plutôt quali avec même quelques éléments intéressants empruntés à l’acid techno ou au breakbeat. Cela risque bien d’enflammer le dancefloor de Malmö à coup sûr.

Pour finir sur ce chapitre « Eurodance », impossible de ne pas parler de la chanson des Pays-Bas. Alors que le titre des finlandais, bien que sympathique et délirant, ne promeuve pas réellement de message, Joost Klein propose avec son « Europapa« , une véritable ode à l’Europe et une dédicace touchante à son père.

Un titre à l’esthétique happy hardcore avec son piano caractéristique et qui introduit même dans la dernière partie de la chanson un passage gabber. Un style de musique dont l’ADN est particulièrement néerlandais. Pas une surprise quand on découvre que le morceau a été produit par Paul Elstak, véritable légende de la scène happy hardcore, gabber et hardcore. Mais une surprise probable qui s’annonce pour les auditeurs européens qui n’ont certainement jamais entendu cela de leur vie. Ca promet, le pari est risqué mais il a du sens !

La Drum & Bass fièrement représentée par le candidat suisse

Quand on pense Suisse, on pense montres, chocolats, banque, l’or des Naz… (!) ou bien David Castello-Lopez, mais pas forcément Drum & Bass. Pourtant, Nemo (pas le poisson), propose avec « The Code » une composition assez irrésistible et inspirante. Prenez les univers de Queen, Macklemore et Maria Callas, mélangez les vigoureusement dans un shaker de Drum & Bass et vous obtenez cet ovni. On peut dire qu’avec cette chanson, il a vraiment cassé le(s) code(s). On espère même que ce morceau connaîtra comme « Tatoo » un après Eurovision et verra peut être quelques remixs d’artistes les plus renommés de la scène. Nemo figure pour l’instant 2ème des bookmakers, le potentiel est là. Convaincra t’il l’Europe ?

La Croatie nous rappelle que la Melbourne Bounce a existé

C’est la chanson la plus hype du moment, celle qui affole le plus les bookmakers. Baby Lasagna apportera t’il la première victoire de son histoire à la Croatie ? C’est possible. « Rim Tim Tagi Dim » a tous les éléments pour capter l’auditeur et plaire à la première écoute. Une bonne énergie électro-rock, un gimmick fun et… un drop Melbourne Bounce. Je sais, vous n’étiez pas prêts pour cette information mais c’est bien vrai.

La Lituanie et l’invention de la balade Pop-Techno

Silvester Belt, habitué des télé-crochets dans son pays, mène la danse avec une balade lancinante sur une rythmique Rave-Techno. Et oui, en 2024 on peut aussi faire de la Pop en faisant de la Techno. « Luktelk » est portée par une rythmique Techno avec un gros kick bien lourd, des synthés mystérieux et des vocals-cuts. On découvre grâce à l’Eurovision de nouvelles combinaisons et de nouvelles possibilités !

La Suède, bientôt dans la playlist de David Guetta & Morten ?

Attention ! Les frères Marcus et Martinus sont de véritables stars de la musique depuis leur plus tendre (et travailleuse) enfance. Comptabilisant 3,4 millions d’abonnés sur Youtube et 1M sur Instagram, ils jouissent d’une très forte aura en Suède. Les frères jumeaux norvégiens représenteront la Suède avec « Unforgettable » un titre efficace aux accents complètement Future Rave, par sa basseline roulante et monotone et ce synthé piquant jouant en arpeggiator montante. Une deuxième victoire d’affilée pour la Suède ? Ca serait complètement unforgettable !

L’Espagne dépoussière l’electro-pop avec ses synthés 80’s

Probablement une des musiques qui pourrait vivre une seconde vie après l’Eurovision et qu’on pourrait entendre cet été dans les radios, les afterworks branchés… Ici, grâce au duo à la vie comme à la scène Nebulossa, on flirte encore avec la fibre nostalgique des synthés et rythmes disco – synthwave des années 80’s marquée par ce gros snares qui vient fracasser tous les 2 temps. On souhaite en tout cas plus de succès pour ce « ZORRA » que pour La Zarra, 16ème, l’année dernière.

Les british font appel à la star Electro-Pop Olly Alexander

Après le bon résultat de la star Sam Ryder et son « Space Man« , les UK renvoient l’artillerie lourde avec Olly Alexander ! Derrière ce nom se cache le chanteur du groupe « Years & Years » mondialement connu pour le hit « King » et ses centaines de millions de streams depuis 2015, ou encore « Desire » connu également par le remix qu’en a fait Griffyn. Avec « Dizzy », on retrouve toutefois un morceau assez générique toutefois avec une mélodie à l’arpeggiator synthétique et destructuré. L’impression d’avoir entendu le morceau déjà 100 fois auparavant… Dommage pour ce grand nom de la pop mondiale, d’autant plus quand on sait que le morceau est produit par Danny L Harle, producteur pour Dua Lipa notamment.

Pour conclure

Tantôt kitsch, tantôt tendance, qu’on l’aime ou qu’on le déteste, qu’on s’enthousiasme ou qu’on l’ignore, l’Eurovision est un moment intemporel qui revient chaque année avec les beaux jours (comme Roland Garros). On peut toutefois noter avec intérêt que les sélections nationales ne boudent pas l’utilisation de la musique électronique pour les représenter dans le plus grand concours de chanson du monde. Et de cela, on ne peut que se réjouir !

On espère que cet article vous aura peut-être convaincu de vous intéresser un peu plus à cet évènement majeur, qu’il soit révélateur de talents ou suiveur de tendance. Alors rendez-vous samedi soir pour savoir qui de ces participants, et des autres en compétition, remportera ce grand concours !