Dossier : La Chine, prochain eldorado de la musique électronique ?

Loin de notre territoire et de nos réseaux se joue, à quelques milliers de kilomètres de là, une petite révolution musicale en Chine. Même si ce n’est pas totalement nouveau, le phénomène gagne de l’ampleur dans l’Empire du Milieu: le pays, pourtant partiellement coupé du reste du monde, ne disposant pas des Facebook, YouTube, Instagram ou autre biais de diffusion de la musique chez nous, devient l’une des nouvelles places fortes de l’électro et de l’entertainment. Plongée au cœur d’un pays au sein duquel s’écrira peut-être des pages importantes de la musique électronique au cours de la prochaine décennie.

La Chine, une destination à part pour les têtes d’affiche…

DJ Snake, par exemple, est une véritable star dans l’Empire du Milieu depuis son titre ‘Made in China’, un anthem qui est fréquemment joué aujourd’hui par les DJs locaux depuis sa sortie en 2018. Le français l’a bien compris et a pu le ressentir lors de son China Tour 2019 avec quatres dates dont une dans l’impressionant First-X de Shanghai sur lequel nous aurons l’opportunité de revenir par la suite.

Un autre artiste de renom, Armin van Buuren, consacre une tournée à part entière pour ce pays. Son Balance China Tour comptait pas moins de onze dates cette année avec également un passage au First-X, comme pour son compère français. Peu d’artistes peuvent se targuer d’avoir une telle notoriété en Chine, le pays étant, comme nous l’avons dit, coupé de nos réseaux sociaux. Seuls quelques titres parviennent par exemple à se frayer un chemin sur YouKu, l’équivalent chinois de YouTube.

… et une nouvelle terre de festivals

Creamfields, l’Electric Daisy Carnival ou l’Ultra Music Festival sont autant de franchises qui ont décidé il y a quelques années de s’implanter en Chine, conscientes du potentiel que représente le pays dans la décennie à venir – l’un des plus grands territoires à avoir ouvert ses bras à l’électro ces dernières années. Lors de l’implantation de Creamfields en Chine l’année dernière, les organisateurs déclaraient d’ailleurs que le festival allait « ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire de la musique électronique en Chine ».

Parmi les trois festivals cités, seul le dernier n’a pas organisé d’édition cette année (après une première à Shanghai en 2017 puis une seconde à Pékin & Shanghai en 2018). Et, en dépit de la réputation de la Chine, il ne s’agit pas de copycat mais bien de festivals semblables à ceux que l’on connait, avec des artistes de dimensions similaires.

Beaucoup de festivaliers découvrent pour leur première fois ces concerts en plein air dans des villes autres que Shanghai et Pékin, n’étant « que » deux villes parmi d’autres comptant des millions d’habitants. Ils sont pour la plupart jeunes et veulent expérimenter à leur tour ce genre d’évènements dont ils ne voyaient alors que les images à la télévision ou sur les réseaux sociaux chinois.

En dehors des grosses affiches, le pays possède aussi des festivals beaucoup plus atypiques et tout aussi attrayants comme le Yinyang Music Festival (créé en 2014) où les artistes se produisent au pied de la muraille de Chine.

Focus : Shanghai, le « Miami » chinois

Loin des regards de l’Hexagone, Shanghai est devenu une ville à part dans le monde, notamment dans le domaine de la musique électronique pris au sens large. A Shanghai, l’un des plus gros clubs de la ville (le Taxx pour ne pas le nommer) est pour ainsi dire dédié au hardstyle. Difficile d’imaginer cela ailleurs dans une métropole aux dimensions similaires. Par ailleurs, il est intéressant de voir l’engouement des chinois pour le hardstyle, qui de l’extérieur pourrait être perçu comme un moyen temporaire d’échapper à une société rigide où le respect des règles est une valeur fondamentale.

Autre singularité de Shanghai, l’agglomération fait partie des rares destinations dans le monde capable d’accueillir sur des weekends successifs des artistes comme Armin van Buuren, Tiësto, Afrojack ou encore Mercer comme cela a pu se produire en novembre dernier du côté de la capitale économique de la Chine.

Comment expliquer un tel attrait pour la ville qui abrite la Perle d’Orient?

La ville possède un nombre très important de clubs de toute taille – le nombre exact est difficilement quantifiable – qui peuvent tous, de facto, accueillir de nombreux DJs venus du monde entier. Mais parmi ceux-ci se trouvent quelques clubs incroyables et démesurés qui, en sortant véritablement du lot, parviennent à attirer les noms les plus connus.

Difficile de ne pas mentionner le Bar Rouge (incontournable avec son rooftop duquel on peut admirer la nuit les immenses gratte-ciels de Shanghai), le M1nt (club hissé au sommet d’une tour et où se trouve notamment un aquarium de requins…), le Space Plus (classé 53ème dans le top 100 DJ Mag Club) ou encore le démentiel First-X, probablement le plus impressionnant de par ses dimensions, tant en hauteur qu’en longueur, ou de par le show qu’il offre à ses hôtes le temps d’une soirée. D’autres clubs comme le Fusion ou encore le Linx, pourtant plus petits, parviennent également à tirer leur épingle du jeu en attirant respectivement des artistes du calibre de Salvatore Ganacci ou de Kungs.

La démographie joue aussi sans doute un rôle dans l’attrait de la ville. Dans une agglomération qui accueille près de 26 millions d’habitants, il est possiblement et potentiellement plus facile de remplir n’importe quel club; un élément sur lequel aucune autre destination « clubbing » ne peut rivaliser. De quoi donner la quasi-garantie aux DJs de mixer devant du monde, et donc de leur donner envie de se déplacer. Autant d’élements qui ont donné envie à certains français de s’y installer et d’y réussir – on pense notamment à Charles B ou encore à Tom William.

Pour autant, le facteur « club » ou la démographie ne sont pas les seuls éléments d’explication, et sans doute pas les plus importants. Dans tout cela, l’argent est un facteur non négligeable pour attirer des artistes de tout premier plan. Shanghai figure dans le top 10 des villes qui comptent le plus de millionaires dans le monde (dans un pays où près de 8% de la population possède un compte en banque à six chiffres). Cette population à part aime se montrer, faire la fête et ainsi faire la démonstration de sa réussite. La plupart des clubs, ouverts tous les jours de la semaine, l’ont bien compris et en tirent un profit important.

Au Taxx, précédemment mentionné, de nombreuses tables sont présentes et des compteurs sont affichés à chacune d’entre elles, l’idée étant de pousser de jeunes millionnaires à la dépense ostentatoire et à stimuler celle-ci par l’enjeu de la compétition. Chaque soirée, des bouteilles sont ainsi achetées et placées dans des frigo à proximité, sans jamais être consommées. C’est d’ailleurs à cause de ce phénomène qu’une large majorité des boîtes de nuit disposent de davantage de tables que d’espace pour danser. Elles deviennent donc des lieux de plaisir, certes, mais surtout des lieux où se montrer, reflet d’une société où la réussite et la richesse sont fortement valorisées et encouragées.

Conclusion

L’ensemble des évolutions que nous avons évoqué est difficilement perceptible depuis la France et l’Europe en général. En effet, la Chine évolue en vase clos et il est difficile d’imaginer l’ampleur du phénomène depuis l’Hexagone au travers des quelques images ou vidéos depuis l’Empire du Milieu que l’on peut voir passer sur nos réseaux sociaux.

Pour autant, il est tout aussi difficile d’établir des prédictions quant au rôle que jouera la Chine lorsqu’il s’agit de musique électronique. Il semble aujourd’hui difficile de détrôner des institutions comme Tomorrowland ou l’Ultra Music Festival de Miami, bien installées dans le paysage, et qui font de la Belgique et des Etats-Unis des places indéboulonnables de l’EDM pris au sens large. Par ailleurs, très peu de producteurs chinois s’imposent en Occident, – hormis des producteurs comme Carta ou Chace – signe d’un intérêt pas encore réciproque. Toutefois, la Chine a tout de même des arguments qui pourraient faire pencher la balance dans le futur. Affaire à suivre !

Electron

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Responsable House & Top Démo