Dossier : Le vinyle fait-il sa renaissance?

Utilisé par des artistes comme Dimitri Vegas & Like Mike pour répondre aux critiques sur leur capacité à mixer, source d’inspiration éternelle pour Bob Sinclar ou PurpleDiscoMachine, outil de vente pour mettre en valeur ‘Nobody Else’, la dernière track d’Axwell… Encore réservé et plutôt associé à une sphère « underground », le vinyle semble refaire surface. Qu’en est-il réellement? Longtemps associé à l’imaginaire de la house et du DJing, le vinyle est-il redevenu un objet incontournable dans l’univers de la musique électronique? Éléments de réponse.

Dimitri Vegas, DJ superstar de l’EDM, mixant sur vinyle à Bringing The Madness 3.0 (2015)

House et vinyle : historique

Le vinyle est commercialisé à la fin des années 1940 aux Etats-Unis mais ne débute son histoire d’amour avec la house qu’un demi-siècle plus tard. Alors qu’il disparaît de la circulation au début des années 1990, il devient le support privilégié des premières tracks de la house et notamment de la French Touch qui nait à la même époque. Ce qui est loin d’être d’être un hasard car les premières compositions des Daft Punk, Cassius, Air, Dimitri From Paris, Patrick Alavi & consort sont samplées de titres funk et discos, eux-mêmes released sur des vinyles à l’époque de la boule à facette. On voit d’ailleurs le futur duo casqué dans le film « Eden » (film sorti en 2014 et réalisé par Mia Hansen-Løve) sortir leur vinyle de « Da Funk » au cours de leurs premières soirées. Les Maxi 45-Tours (ou maxi 45-T) sont devenus les chouchous des premiers disc-jockeys, comme Carl Cox, grâce à leur qualité de son supérieure. Ils s’échangent dans les soirées de la Winter Music Conference à Miami entre futurs grands de la musique électronique.

Thomas Bangalter, en compagnie de Pedro Winter, offre à Todd Terry le maxi de « Music Sounds Better With You » de Stardust (1998)

Cependant, l’histoire d’amour entre la musique électronique et le vinyle a du mal à résister à l’apparition du CD une dizaine d’années avant cette ère dorée de la house. Plus facilement transportable, plus léger, il conquit les DJs qui les accumulent dans des pochettes spécialement conçues à cet effet. Il conquit également les fans d’électro qui peuvent désormais écouter leur musique partout grâce au walkman. En parallèle, les premières platines CD apparaissent (la première CDJ est lancée par Pioneer date de 1992) et gagnent du terrain dans les clubs jusqu’aux années 2000 avec la Pioneer CDJ-1000 (lancée en 2001) que l’on trouve encore dans quelques (rares) clubs. Le vinyle perd de sa splendeur à l’aube des années 2000, au moins dans le monde de la musique électronique.

Les chiffres du vinyle aujourd’hui

L’année dernière, près de 16,8 millions de vinyle ont été vendus aux Etats-Unis – un chiffre record en constante augmentation depuis plusieurs années. Certains se vendent à des prix défiant toute concurrence, comme cet album vinyle jamais released de Moodymann vendu à 500$ sur Discogs. Au Royaume-Uni le chiffre est de 4,2 millions d’unités vendues sur la même période. On observe dans l’Hexagone le même phénomène, à savoir une augmentation du nombre de disquaires et une progression constante des ventes de « galettes » – alors que dans le même temps, l’industrie du disque se délite à petit feu. A cette réalité des chiffres se joint une autre réalité qui explique peut-être (en partie) la première : la promotion des disques a évolué.

Que ce soit pour des artistes très connus – comme M par exemple, dont le dernier album « Lettre Infinie » en partie produit avec Thomas Bangalter – ou pour des artistes méconnus – comme Tommy Guerrero sur Ed Banger – la promotion des nouveaux titres passe visuellement de plus en plus par son vinyle associé. Avec un soin particulier apporté à la couverture, oeuvre d’art elle aussi, comme pour donner davantage de valeur à la track elle-même.  A noter, par ailleurs, qu’hormis pour des titres phares comme ‘Get Lucky’, la plupart des clips officiels des titres du dernier album des Daft Punk « Random Access Memories »  est un plan fixe du vinyle de l’album qui tourne. Une bonne façon de le promouvoir.

Les majors s’adaptent d’ailleurs à cette nouvelle façon de faire de la promotion à l’instar de Sony qui, en 2018, s’est remis à presser des vinyles avec comme objectif la vente de 800 000 exemplaires. C’est un changement radical de perspective qui s’est opéré face à cette idée du « tout numérique », à cette idée qu’un titre doit être absolument dématérialisé et disponible partout, sur toutes les plateformes quelles qu’elles soient, tout le temps. Les titres redeviennent physiquement accessibles au toucher, et pas uniquement les titres des DJs et chineurs passionnés à la recherche de la perle rare.

Pourquoi un tel essor autour du vinyle?

Ancêtre du CD/ROM, lui-même ancêtre de la clé USB, le vinyle a finalement survécu aux époques et à leurs changements technologiques. Il doit une partie de son renouveau actuel à un effet de mode qui consiste à remettre au goût du jour certains objets « vintage » et est parfois utilisé comme objet de décoration. Il a également l’avantage de diffuser un son plus nuancé par rapport au son formaté du mp3 et est apprécié pour cela. La commercialisation de lecteurs vinyles neufs et design dans des grandes enseignes comme la FNAC contribue aussi sans doute à son essor en France. Il rend le vinyle en tout cas plus accessible auprès du grand public, amateur de musique électronique ou non. Certains vinyles des prémisses de la house dans les années 90, comme certaines œuvres d’art, ont pris de la valeur au cours du temps et la demande pour ceux-ci est de plus en plus forte. Pour les nostalgiques de cette époque et les amoureux de la french touch.

Conclusion

Le vinyle a ceci de particulier qu’il est un objet qui a traversé les époques et les bouleversements que celles-ci ont amenés. Réceptacle des premiers sons qui ont posé les bases de la house aujourd’hui et qui ont fait la gloire de certains DJ/Producteurs devenus des icônes, l’histoire du vinyle partage une partie de l’histoire de la musique électronique. Aujourd’hui, bien qu’il ait résisté à la dématérialisation du son, on ne peut pas dire que le vinyle est redevenu un objet incontournable dans le domaine de l’électro. Il est utilisé ponctuellement par des artistes qui possèdent une grande audience mais, dans les usages, il reste beaucoup moins pratique pour mixer. En plus de cela, il reste un objet de passionné. Rares sont les festivals en France où l’on peut voir des platines vinyles – hormis dans des festivals connus localement comme l’elekt’rhône festival à Lyon. Dans la quasi-totalité des cas, ce sont des platines numériques (Pioneer CDJ 2000 ou Denon) qui sont sur la scène des festivals d’aujourd’hui.

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