Innellea propose une superbe introspection avec son album ‘The Belonging’

On a constaté une démocratisation des albums sur la scène Dance. Les artistes ont parfois proposé des compilations de sorties, parfois des expérimentations. Majoritairement, il y a eu de véritables voyages. Et puis, il y a ceux qui se dévoilent totalement. Ceux qui démontrent l’étendue de leur palette musicale et de leurs sentiments. ‘The Belonging’ d’Innellea en fait partie. Le producteur munichois est l’un des acts les plus suivis de la scène. Régulier du label Afterlife, sa popularité a explosé depuis quelques années. Au point de devenir une figure de proue du style. Il était donc normal d’apprendre l’annonce de ‘The Belonging’. Cela faisait partie de la continuité dans la carrière de Michael Miethig (dit Michi). Voilà donc quelques prods, quelques guests, pour un peu plus de 53 minutes de trajet. On boucle nos ceintures et c’est parti !

Quelle est notre place ?

‘Where Do I Belong’ résume bien cet état d’esprit. Solitude, absence d’espoir, tristesse. Un léger bruit parcourt l’instrumentale du morceau. Les voix se répètent, s’entrechoquent, et l’instrumentale devient plus oppressante, plus stressante, jusqu’à extinction, avec une question qui renvoie au titre. On a commencé par le plus dur : la chute. Il faut désormais remonter.

‘Burning Out’ se charge d’entamer le périple. Le petit riff de guitare, plein de mélancolie et d’optimisme, et la voix de Juan Hansen en sont témoins. Le doute demeure, et la recherche de certitudes persiste. Mais ce que l’on retient, c’est l’arrivée, à la moitié du morceau, du premier drop électro. Quelle façon de lancer l’album !

C’est ensuite le bien nommé ‘Silence’ qui prend la suite. Le pattern du morceau fait très Afterlife, avec un break crescendo et mélodieux. Maurice Kaar fait quant à lui état, merveilleusement bien, de la solitude et de la distance instaurées par le silence. Ce même mot qui, prononcé, déclenche le deuxième drop du titre. Et il est d’une puissance phénoménale. Il nous prend le cœur, tant il reflète la douleur dans son absence de concession.

Mais il faut désormais continuer d’avancer pour guérir. ‘Forward Forever’ en est le témoin. Et qui de mieux que Flowdan pour rapper cette envie de se battre ? L’instrumentale breakbeat, couplée au phrasé du maestro du grime, inspire une irrépressible rage de vaincre, et de ne pas se laisser faire. C’est bon, le mindset est installé : on va aller la chercher, cette remontée !

Si jamais vous désirez aller voir Innellea, les dates de sa tournée sont mentionnées ci-dessus.

C’est à ce moment qu’arrive ‘Deformation’. Il n’y a désormais plus de paroles, et c’est le côté clubbing de l’album qui prend le dessus. Après un set kick/bass simple mais efficace, c’est une longue montée qui s’amorce. Ultra-mélodieuse, elle crée énormément d’attente, avant que n’arrive ce drop assassin, très métallique et saturé sur la basse. Le mot déformation est en l’occurrence très adapté, au vu du jeu réalisé par Innellea sur les textures et nappes du morceau !

Face au chemin à parcourir, tenir la distance

Place désormais au titre, avec un T majuscule, de cet album. Attendu par tous, il a par ailleurs été le morceau promo de l’album et a été initialement composé avec les CamelPhat (dont on ressent aisément la patte). La participation de Monolink a été décidée à la suite de l’ajout des paroles de Under Dark, lors d’un live. Face au succès rencontré par le mashup, Innellea a tout simplement décidé d’inviter le chanteur au chapeau pour finaliser ‘Shelter’. On comprend aisément le succès du track : celui-ci est admirablement bien composé, et les paroles chantées hypnotiquement par Monolink parleront à tout le monde. Vous entendrez à coup sûr ce morceau dans les sets des artistes, ou sur la scène Afterlife.

S’ensuit ‘So Far, So Near’, un (long) interlude qui rappelle que le chemin est loin d’être infini. Le fait de réaliser cela provoque alors un état de démence, incarné par ‘Insanity’. Tempo breakbeat, voix éthérée, distorsions en spirales du synthé et des fréquences : le cocktail est explosif.

Face à ces épreuves, il est alors normal de craquer. Que les larmes coulent… et c’est précisément l’objet de ‘Tårar’ (en larmes, en suédois, ndlr). On y retrouve Karin Park (la sublime voix de Tokyo By Night, remember) qui chante, pour la première fois, toute sa mélancolie… en suédois. N’y allons pas par 4 chemins : c’est sublime, de la délicate juxtaposition du chant sur l’instrumentale au drop rugueux à souhait.

Downfall prend alors la suite. Innellea a fait appel à Colyn et Braev pour ce morceau. Celui-ci a été réalisé à à Ibiza, à l’occasion des retrouvailles des trois compères, et a été joué au closing Afterlife au Hï, mettant une baffe à tout le monde. Le morceau est mélodieux au possible, la voix de Braev correspond parfaitement à l’atmosphère insufflée par les deux producteurs, qui se suivent sur leurs tournées et gigs respectifs. Downfall, en somme, était un succès prévisible, et on comprend pourquoi dès la première écoute.

La phase qui suit Downfall va alors être plus sombre encore : Hatred Human fait valoir des kicks à la limite de la techno industrielle, Transformation To God est un morceau rap où Jay Starr livre une prestation à mi-chemin entre 070 Shake et Kanye West, sur fond d’instrumentale avec chants grégoriens… Ces tracks reflètent l’état d’esprit du combat intérieur qui a animé Innellea durant de longues années.

L’arrivée au refuge

Celui-ci semble derrière lui désormais. No Gravitation nous met en apesanteur avec un morceau Melodic Techno joyeux et plein d’optimisme. Le titre éponyme de l’album confirme cet état d’esprit, avec un hook vocal qui réaffirme notre appartenance à l’endroit et au moment. Ca y est, le voyage touche à sa fin, et le happy ending est à quelques encablures ! Il est définitivement atteint à la lecture de l’excellent « There’s Another Me ». Le track est plus lent que les précédents, comme pour décélérer le rythme de la course ayant animé l’écoute. Aparde chante le fait d’avoir trouvé son autre soi : celui qui a droit au bonheur, à la sécurité. Celui qui a eu le droit de s’en sortir.

Je me suis retrouvé. J’ai fait confiance à mon instinct, à mes émotions. The Belonging est (…) un voyage, auquel on a tous participé (…), depuis un état de silence, jusqu’à l’arrivée à un refuge, avec une certitude : celle d’être bien là, d’appartenir au moment.

Innellea

Au bout de 53 minutes d’album, notre impression est renforcée. Innellea est entré dans cette catégorie d’artistes complets, qui alternent brillamment entre le DJ set et le live. Michi jongle désormais à merveille avec nos émotions. Mieux encore, il nous a invités à découvrir les siennes : ses peurs, ses espoirs, ses joies. Le munichois a livré un sublime combat, qu’il a matérialisé dans The Belonging. Tout simplement une masterclass.

Mino
Grooves endiablés et douceur mélodique rythment mes journées. Je passe également des disques avec l'équipe après les 39h.