Tony Romera se livre dans une « Introspection », son superbe premier album

Près de 10 ans ont passé maintenant depuis les premières mises en lumière de Tony Romera sur la scène électronique. Les plus anciens d’entre vous se souviennent peut-être de ‘Mad‘, le morceau qui lui avait valu de remporter un concours XTra Life, le label de Tristan Garner et ainsi être signé. Un morceau résolument Electro et agressif, qui a posé les bases de son début de carrière. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, et le style a souvent évolué, la palette s’est élargie. Mais l’état d’esprit est toujours le même, celui d’un amoureux de la House et la French Touch, sous toutes ses composantes.

Tony Romera s’est ainsi peu a peu créé une image de touche à tout. Tantôt boucher officiel de son label SANS MERCI et grand pourvoyeur de bangers Electro, Dubstep et autre joyeuseries Bass. Tantôt rêveur et mélancolique adepte de mélodies douces et ambiances chaleureuses. Capable de sortir les sons les plus travaillés sur des labels de renom comme OWSLA, Monstercat ou Confession, il peut tout aussi bien proposer le lendemain en Free Download pour ses fans un remix des ‘Démons de Minuit‘ fait rapidement sur un coin de table. Le lyonnais arrive ainsi à cette étape majeure de sa carrière, son premier projet d’album, avec une image musicale presque schizophrénique. Matérialisée pour cette nouvelle cover génialissime du talentueux Swann Jacquet.

Seuls les fans les plus assidus pourront probablement détecter toutes les références à la vie de Tony Romera qui s’y sont glissées. Il y a évidemment son gimmick « chiant », ses vans qui ne quittent jamais ses pieds ou encore un bon steak illustrant son amour de la viande. Mais il y a aussi des références plus subtiles comme la mention « feel » sur une canette de bière, rappelant l’utilisant de son morceau du même nom pour une pub Budweiser. Ou encore le chien du clip ‘Da Funk‘ des Daft Punk. On vous laisse jouer à essayer de découvrir la signification de chaque élément de ce superbe artwork !

Entre penseur romantique et boucher énervé, mais surtout gros geek des studios

Introspection‘, puisque c’est le titre de ce premier album de Tony Romera, a été le fruit d’un an et demi de travail. Démarré en Mars 2020 à une période difficile pour tout le monde avec le premier confinement total en France, ce projet a été comme bouée de sauvetage pour lui. L’occasion pour lui de se poser pour une vraie remise en question de ses motivations, entre crise sanitaire mondiale et problèmes plus personnels. L’occasion aussi du coup de s’évader de ce quotidien morose et de s’éclater dans sa musique, tout en partageant ses sentiments les plus profonds à travers ses productions.

Pour avoir la meilleure expérience d’écoute de ‘Introspection’, écoutez le du début à la fin sans sauter de track. J’ai essayé de raconter une histoire, mon histoire. J’espère que vous comprendrez tout.

Tony Romera en story Instagram

Du processus de création et d’écoute de ‘Introspection‘ ressort donc le trait de caractère le plus singulier de Tony Romera, son caractère émotif. Caractère le laissant sans filtre sur ses réseaux sociaux par exemple, mais nous permettant ainsi de partager tout un pan de sa vie personnelle à travers ses créations musicales. Une histoire singulière qui démarre tout en douceur, au milieu des champs, avec son intro ‘Surrounded By The Fields‘. Une intro qui pose également les bases de ses influences avec des sonorités electro très teintées Daft Punk, en particulier sur le travail du vocal robotique. Ces influences Daft Punk, époque ‘Homework‘, on les sent également, peut-être même encore plus, sur ‘Dreamin‘. L’album est globalement un hommage complet à la French Touch, qu’elle soit de la premier heure avec nos robots, ou la French Touch « 2.0 » avec des sons aussi très Justice, voire Madeon. Sur ‘My Mind‘, la voix sur pitchée aigue en boucle tout au long du morceau pourrait en effet rappeler des productions du jeune nantais. Couplée à ces snares signature Romera, on a ici l’un de nos morceaux favoris de l’album.

J’ai essayé d’être vraiment super éclectique et de représenter un peu tout ce que j’aime, mes racines aussi.

Tony Romera

Si ses racines French Touch sont évidemment magnifiquement mises en valeur, Tony Romera a aussi joué clairement la carte de l’éclectisme extrême sur ce projet. Cela s’est vu dès les sorties des premiers singles. De la délicieusement nostalgique ‘VHS‘, à l’arrachage de moquette total ‘MS69‘ (il en fallait bien un pour le boucher, et il est réussi tant il a fait le tour des scènes du monde entier cet été), la palette est large. D’autant plus si on rajoute ‘Party On My Own‘, une expérimentation totale pour lui, entre Rap, Pop et Chill House. En trois singles, il présentait déjà 3 parties importantes de son histoire, entre souvenirs d’enfances, amour de la production et des synthés analogiques et confinement compliqué en solitaire.

Mais la part la plus importante de son histoire, c’est probablement son amour pour sa copine. Un amour matérialisé par non pas un, mais deux titres, ‘My Love‘ part 1 et 2. Même mélodie sur les deux productions, mais en version Electro House sur la première, et Drum’n’bass sur la deuxième, histoire de rappeler que la D’n’B fait aussi partie de ses influences. Une D’n’B plus futuriste et légère encore cette fois sur ‘Dangerous‘. Entre l’interlude ‘For You‘ et la plus Pop ‘Eyes On Me‘, Tony Romera vous propose une petite pause et vous laisse planer les yeux fermés avant de reprendre de plus belle. Sur ‘I’ll Love You‘, on tient d’abord un morceau signature de sa patte. Une petite rythmique Tech House, son snare caractéristique, un joli synthé juste un peu gras comme il faut pour enrober le tout. Pas de surprise, on sait qu’il maitrise, avant que le morceau se transforme dans sa dernière partie en production Future Bass / Trap étonnante. Une production totalement hybride marquante de l’album.

L’ami Tony finit d’ailleurs son projet sur un condensé de ce qu’il a proposé tout du long. Entre influences French Touch de la première heure sur ‘Boogie‘ et sa délicieuse mélodie à la guitare et expérimentations surprise avec ‘Dakar To London‘ et sa mélodie aussi atypique qu’addictive. Le projet ne pouvait se conclure qu’avec une production House nostalgique comme ‘Le Bon Vieux Temps‘. Morceau qui pourra paraitre long à certains pour une Outro mais qui au contraire vous laisse le temps de repenser au voyage musical qu’il vient de vous proposer.

Pour conclure sur ce projet, on voudrait simplement revenir rapidement sur ce qu’on évoquait en introduction. Cela va faire près de 10 ans que l’on suit Tony maintenant après l’avoir découvert grâce à Tristan Garner. On l’a vu monter progressivement, jusqu’au succès de ‘Pandor‘ chez Nicky Romero. On l’a aussi vu redescendre après, et traverser une période assez creuse. Avant de revenir progressivement sur le devant de la scène, en prenant au passage en partie son indépendance avec la création de son propre label. On a ainsi vu grandir un artiste toujours vrai et nature avec ses fans, et c’est ce qui nous l’a rendu si attachant. Jusqu’à proposer cette ‘Introspection‘, un album à la liberté créative totale et assumée, ne cherchant pas forcément d’ambition commerciale. Un vrai projet artistique en somme, en forme de catharsis pour lui. L’occasion d’enfin prendre son envol total pour aller jusqu’au niveau que son talent de producteur mérite.

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Bulbi
Responsable Interviews