Analyse : Comment la scène électronique américaine prend le dessus sur la scène européenne ?

Vous l’avez forcément remarqué ces derniers mois et particulièrement à l’annonce du lineup Coachella 2018, la scène électronique subit de profondes évolutions, entamées depuis plusieurs années mais étant particulièrement visibles en 2017 et sans aucun doute également en 2018.

Massivement popularisé entre 2011 et 2014, le mouvement « EDM » s’est rapidement retrouvé être dominé par la scène électronique européenne, principalement représentée par les artistes Hollandais (Armin Van Buuren, Tiesto, Afrojack, Fedde Le Grand, Sander Van Doorn ou encore Laidback Luke) et Suédois (Swedish House Mafia, Avicii, Alesso ou encore Dada Life). Cette génération, principalement articulée entre Electro, Trance et Progressive (dont l’hybride sera popularisé sous le nom Big Room) connaît un succès sans précédent et se retrouve ainsi à la tête d’un marché désormais grand public.

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Appréciée de par son énergie en festival, la Big Room est ainsi devenue le symbole de la domination de la scène Européenne. Ce succès est incarné par plusieurs institutions telles que le festival Tomorrowland dont la renommée explose au même moment mais aussi le fameux classement DJ Mag ou encore les labels Spinnin’ et Armada qui se placent alors à la pointe de cette scène avec une audience massive générée par de nouveaux noms mis en avant tels que Martin Garrix, DVBBS, Blasterjaxx ainsi que de nombreux autres jeunes fers de lance de la scène Big Room.

Facile d’accès, caractérisée par des mélodies simples et des drops prévisibles faisant la part belle aux kicks et snares, la Big Room est le genre parfait pour un public large, jeune et adeptes de festivals. Cette force est cependant condamnée à causer sa chute, car une fois l’effet de mode passé, des productions aussi superficielles ne peuvent plus satisfaire une audience qui se met en recherche de sonorités plus mélodiques. Les influenceurs Européens se tournent alors vers de nouveaux genres dérivés de la Deep House: la « Tropical » et la « Future » House ; ces derniers, malgré leur énorme potentiel mainstream, n’accouchent pourtant pas de stars de l’ampleur de Martin Garrix ou Hardwell.

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La scène Nord-Américaine, qui possède des talents depuis de nombreuses années à l’image de Skrillex, Kaskade ou Deadmau5, s’était pourtant clairement inclinée devant le succès commercial de la scène Européenne (en témoigne le succès de l’Ultra Miami qui se construit sur des lineup très européennes, avec par exemple 17 ans consécutifs de présence de Tiesto).

A partir de 2015, les artistes « US », conscients des besoins du public de titres plus sophistiqués, mieux écrits, plus pop, prennent la main sur les nouvelles tendances avec la popularisation d’une part du « Dancehall« , qui explose auprès du grand public sous l’influence de Diplo et de ses hits « Where Are Ü Now » sous Jack Ü et « Lean On » avec Major Lazer, et d’autres part avec la « Future Bass » popularisée aux Etats-Unis puis à travers le monde par le duo The Chainsmokers dès le titre « Roses » sorti cette même année. C’est désormais au tour de nos voisins outre-atlantique de dominer le marché mondial avec comme illustration la forte impression faite par le Lollapalooza Paris, qui book essentiellement les succès du marché américain: DJ Snake, Marshmello, Slushii, NGHTMRE, Jauz etc.

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Mais l’impact de la scène Américaine sur le marché ne se limite pas simplement à un changement de têtes d’affiches, on remarque également une forte mutation du type de performances et de marketing désormais proposés par ces derniers. Avec l’Amérique aux commandes, on retrouve ainsi le retour en force du format album (« Encore » de DJ Snake, « Peace Is The Mission » de Major Lazer ou « Skrillex & Diplo present Jack Ü« ) et surtout celui du Live Show !

Fini les mainstages qui voient défiler des DJ jouant exactement les mêmes tracklists composées des dernières sorties Spinnin’, la scène américaine a bien compris que les fans recherchent désormais une expérience unique. Comme l’explique le blog Heroic lors de son récap des discussions de l’ADE sur le format live, ce dernier ne signifie pas forcément l’abandon des CDJs, bien que l’ajout d’instruments soit désormais très prisé.

Le public et les bookeurs attendent en réalité que les sets soient plus distinguées, avec un show qui mette en avant l’authenticité de l’artiste, que ce soit grâce à une tracklist portée sur sa discographie (d’où l’intérêt des albums) à des visuels plus personnalisés, à l’ajout de guests mais encore au choix de multiplier les concerts (où le public ne se déplace que pour l’artiste accompagné de ses supports en première partie).

Avec danseurs personnels, apparition de nombreux guests vocalistes, et une sélection de titres piochés dans leur album, le closing de Jack Ü a l’Ultra 2015 illustre parfaitement ce format de DJ Set à la dimension « Live ».

Ce changement de têtes d’affiches combiné à la popularité grandissante du « live » ont fortement perturbé une partie des fans européens, en témoigne les réactions de nos lecteurs lors de l’annonce du lineup Coachella. Non, l’EDM n’est pas morte, elle est simplement en profonde mutation avec la disparition des DJ « Electro House » au profit de nouveaux talents performant un « live show »: On retrouvera donc a Coachella: ODESZA (Garorok), Petit Biscuit mais aussi Louis The Child, San Holo, Rezz (Lollapalooza Paris) ou encore Illenium.

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Impuissants face a cette évolution, les headliners traditionnels sont contraints soit de s’adapter et donc céder à la Pop-Future Bass (comme dans le cas de Martin Garrix, Tiesto, David Guetta ou Alesso) afin de rester au top, soit d’accepter de perdre une part de leur influence et de se concentrer sur leurs bases (on peut penser à Hardwell, Dimitri Vegas & Like Mike, Nicky Romero, Laidback Luke, Fedde le Grand…) en misant notamment sur l’Europe où ils gardent une certaine renommée mais aussi l’Asie, un marché en décalage sur les tendances qui commence à peine à découvrir les joies du 128 BPM. D’autres encore font le choix de se réfugier auprès d’une audience de niche auprès de laquelle ils ont jadis entretenu des liens (Armin van Buuren, W&W, Arty ou encore Sander van Doorn en Trance ; Headhunterz et peut-être prochainement Showtek pour le Hardstyle, etc)

Même constat pour les labels européens Spinnin’ et Armada qui, incapables de reproduire un succès à la Martin Garrix, abandonnent massivement la Big Room et la Progressive House et misent de plus en plus sur des talents Américains (Two Friends, Autograf, Cheat Codes etc) ou encore sur des genres moins liés à l’image de base du label (licence de Trap City par Spinnin’)

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Pour faire le pont entre l’Europe et le marché Américain , les talents européens ont désormais la Bass House comme choix privilégié (Tchami, MALAA, Chris Lake, BROHUG, Moksi) ou encore une hybride entre Dirty Dutch et Trap comme Yellow Claw. Ces noms sont désormais parmi les meilleurs exports du vieux continent outre-atlantique.

AGZ

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Responsable recherche et développement