C’était inévitable, mais très attendu. Après plusieurs années à écumer les dancefloors et à imposer un groove reconnaissable entre mille, Chris Stussy franchit enfin le cap de l’album avec « Lost, Found & Forgotten… ». Un projet charnière, pensé comme une synthèse de son identité musicale et de son évolution, le tout sorti sur son propre label Up The Stuss.
Une vision élargie mais fidèle au club
Avec ses 19 titres (un format rare pour un album orienté clubbing), le projet affiche une ambition claire : dépasser le simple cadre du dancefloor pour proposer une œuvre plus complète et plus personnelle.
Dès l’ouverture avec Moonlight, en featuring avec Elena Moroder, le ton est donné. Les marqueurs de l’ADN Stussy sont bien présents, mais relégués à l’arrière-plan pour laisser la voix introduire l’album. Le résultat est immédiatement atmosphérique : on plane, on voyage, dès les premières secondes.
Side To Side et Here For The Summer prennent ensuite le relais et lancent véritablement la dynamique. Le premier séduit par son riser efficace, qui plonge instantanément l’auditeur dans l’ambiance club. Le second s’inscrit dans la continuité, avec un rendu qui évoque le catalogue Up The Stuss, mais dans une version encore plus aboutie. Stussy y affirme son rôle de figure de proue de la House moderne. Mention spéciale pour Tryna Find A Way, où Leanne Louise épouse parfaitement la vibe du morceau. Le résultat : un titre Deep House UK particulièrement musical et immersif.
Musicalement, Chris Stussy reste fidèle à son style. On retrouve une House groovy, minimale et précise, alternant morceaux taillés pour le dancefloor et passages plus profonds, où l’accent est mis sur l’atmosphère et la progression.
Une structure tripartite équilibrée
Ce qui frappe dès la première écoute, c’est la dimension personnelle et introspective du projet. Stussy lui-même parle de son travail comme de son œuvre la plus aboutie, un album qui représente “une exploration de sa liberté créative”, sans contraintes ni attentes extérieures. Visuellement, l’album appuie cette DA au moyen de l’image du cerf-volant : symbole de liberté mais aussi d’ancrage. Entièrement libre, zéro restrictions : tel est le credo du Néerlandais.

L’album s’articule autour de trois axes :
- Lost, composé d’idées redécouvertes et retravaillées à l’instinct ;
- Found, plus mélodique et coloré, tout en restant groovy ;
- Forgotten, plus texturé, avec des morceaux qui révèlent leur richesse à l’écoute.
Plutôt qu’une division stricte, ces trois dimensions s’entremêlent et se répondent tout au long de l’album. Vous l’aurez donc compris : notre écoute s’est faite selon l’ordre disponible sur les plateformes.
On est donc passé à Darkness. La première partie du titre est atmosphérique, mais le break du milieu de morceau est tout bonnement divin. Nul besoin de plus pour comprendre pourquoi il a été choisi comme un titre de la promo de l’album. Il s’agit en effet d’un temps fort du projet.
S’ensuivent Fantasy, en featuring avec KUČKA, et Miraflores qui sont assurément les meilleurs titres de l’album selon nous.
Fantasy se distingue par ses nappes aériennes et sa dimension accessible, presque radiophonique. La voix de KUČKA (déjà entendue sur …Desire!) apporte une touche émotionnelle forte, avant un drop résolument Minimal Deep/House. Le morceau transpire l’équilibre parfaitement maîtrisé entre la sensibilité et l’efficacité d’un titre club. En contrepoint, Miraflores recentre le propos sur le groove instrumental. Sa construction progressive repose sur des micro-variations et un gimmick vocal subtil, illustrant la précision de Chris Stussy dans l’art du détail.
Place désormais à « It’s Time For A Change ». Le morceau est annonciateur à plus d’un titre : il anticipe le changement de chapitre sur Forgotten, tout en étant lui-même, dans sa structure, différent des autres morceaux. Le tout, sans être un interlude. En effet, on a affaire à une production à mi-chemin entre le jazz et le breakbeat, qui est assez intéressante, car elle se refuse à aller piocher dans le répertoire du clubbing. Cependant, elle prend le temps de poser le contexte de la phase à venir. L’interlude Destination s’inscrit dans cette continuité avec un tempo à 100 BPM.
Wide Awake avec Tom Did It reprend le flambeau pour insuffler à nouveau du rythme. Deuxième titre de promo de l’album, il était fortement attendu par la fanbase du Néerlandais. Le morceau est bien produit, le vocal bien catchy, mais il souffre en notre sens de la comparaison avec les précédents titres … Pareil pour Distant Within. Pas nos préférés donc. En outre, il leur semble difficile de tenir la dragée haute au titre qui leur emboite le pas :
En effet, comment rivaliser avec Believe In Yourself ? ID bien gardée de Stussy depuis quelques temps, il suffit d’écouter comment le public chante le morceau (bien avant sa sortie) pour comprendre l’impact émotionnel et musical du titre. Ce dernier est une masterclass de production House/Minimal Deep : vocal divin et feel good, groove atmosphérique mais sans relâche. C’est simple: on streamait le morceau en boucle dès sa sortie, et l’album nous a permis de continuer de booster ses statistiques d’écoute. Un vrai bon titre, qui restera dans les annales.
S’il n’est pas marqué que It Feels Natural est un interlude, tout laisse à penser qu’il l’est. Avec un tempo bien ralenti, aux allures Jazz/Hip-Hop, le titre nous invite à faire une pause. Celle-ci est bienvenue, car If You Doubt Me relance une belle vibe typique des sorties Up The Stuss. On sent même un peu plus de percussions dans ce morceau, se rapprochant ainsi de la Tech House.
Ensuite, on enchaîne avec « What Makes You Feel… » qui a été utilisé comme morceau annonciateur de l’album, avec ce trailer dont on vous a déjà parlé. Que cela fait du bien de disposer du morceau en entier, et d’arrêter d’écouter en boucle les mêmes 30 secondes sur un reel Instagram ! Ce titre comporte tous les stigmates attendus d’un titre de Chris Stussy. Nous pensions par ailleurs qu’il allait introduire l’album, mais quand on voit le chef d’oeuvre qu’est Moonlight … On comprend le choix final.
Enfin, 3 titres composent le sprint final de l’album. Mesmerized (en featuring avec Jessica Care Moore) a, comparé aux titres club du projet, accéléré encore un peu plus le tempo tout en conservant l’ADN Stussy. Il fait alors office d’exutoire : on sait que l’écoute va bientôt prendre fin et il nous invite à tout donner. Set sail on another ship renoue avec le breakbeat, comme pour ralentir et annoncer une conclusion… qui n’arrivera pas tout de suite. Le titre fait une dernière passe décisive à Keepin Me High (avec Tropics). Comme un encore, rassemblant tout ce qui a été fait durant l’album et qui se charge de clore ce dernier.
Une homogénéité exemplaire, pour l’un des albums de l’année
Avec Lost, Found & Forgotten, Chris Stussy n’a pas cherché à seulement livrer un album. Il pose une pierre angulaire dans sa discographie. Après avoir dominé le circuit club avec des titres comme All Night Long ou Breather le DJ montre qu’il peut aussi construire une vision plus large, avec une narration cohérente.
Vous l’aurez constaté au cours de la review : Chris Stussy ne propose donc pas une division de l’album en 3 parties qui se suivent, mais bien une répartition en 3 blocs entre lesquels il navigue, et qui s’emboitent les uns dans les autres afin de former un ensemble certes complexe au premier abord … mais ô combien homogène.
Avant de clore ce billet, peut-on reprocher quelque chose à l’album ? Objectivement, rien. Subjectivement … ? Peut-être un manque d’IDs très attendues à l’instar de celle qu’il joue à Paradise City avant DumitrEscu, ou l’une de ses collaborations avec KETTAMA… mais ce serait chipoter, car on a eu Darkness, ou encore Believe In Yourself.
« Lost, Found & Forgotten… »confirme une chose : Chris Stussy n’est plus seulement un hitmaker de la scène House actuelle. Il est un titan de la scène Dance, mais aussi un prétendant au titre d’artiste de l’année ainsi que d’album de l’année. Enfin, on le perçoit désormais comme un artiste capable de penser au-delà du dancefloor. Tout en haut, le Stuss !











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