Leblanc et des chefs-d’œuvre classiques version Techno

En marge de la scène Melodic Techno actuelle, un artiste se démarque par une audace rare : fusionner l’intensité de la musique symphonique avec la puissance du dancefloor. Avec REBORN, Leblanc transforme en effet les plus grands chefs-d’œuvre classiques — Verdi, Mozart ou Carl Orff — en hymnes électroniques d’une modernité saisissante. Un projet à la croisée des mondes, entre respect du patrimoine musical et vision avant-gardiste. Rencontre avec un producteur passionné, artisan d’un crossover aussi studieux et ambitieux que spectaculaire.

Ton album s’inscrit dans une veine très singulière, entre opéra et Techno mélodique. Peu d’artistes le font : on pense à Apashe dans la même veine. Qu’est-ce qui t’a donné envie de creuser ce sillon hybride ?

J’adore la Techno, j’adore les grosses nappes orchestrales, et à un moment je me suis dit : pourquoi ne pas mélanger les deux à fond, sans compromis ? Je ne suis pas parti d’un concept : je l’ai fait parce que ça me faisait kiffer. J’ai envie que ça tape fort, que ça transporte, et que ça sorte du lot. Et ouais, forcément, Apashe est une référence dans cette fusion-là, mais je viens avec ma vibe plus émotionnelle, plus Melodic Techno que Bass Music.

Tu as revisité le Dies Irae de Verdi, O Fortuna, Lacrimosa… Quelle est ta relation à la musique classique ? Tu as grandi avec ? Tu l’as étudiée ?

Pas du tout étudiée, non. J’ai découvert la musique classique un peu par hasard, souvent via des films, des vidéos ou même des samples dans des morceaux électro. Et puis j’ai creusé. Je ne viens pas d’un conservatoire, mais j’ai eu un gros coup de cœur pour ce type d’émotion. Donc j’ai appris à l’oreille, en testant, en composant. C’est venu avec le temps, mais c’est devenu un vrai moteur créatif.

Comment as-tu choisi les œuvres que tu as rework ? Il y a une logique ou c’est au feeling ?

C’est d’abord au feeling, je dois sentir que le morceau me touche ou me fait vibrer, mais je choisis aussi des œuvres que tout le monde a déjà entendues, même sans le savoir. Le but, c’est que dès les premières notes, ça déclenche quelque chose chez l’auditeur. Même si t’écoutes pas de musique classique, tu connais O Fortuna ou le Lacrimosa de Mozart. Je trouve ça puissant de partir d’un thème aussi universel, et de le réinventer dans un contexte totalement différent. Ça crée un pont immédiat entre les genres.

Est-ce que tu considères ce projet comme un hommage ? Y a-t-il des compositeurs que tu aurais aimé reprendre mais que tu as laissés de côté ?

Oui, clairement. Il y a un vrai respect derrière ce projet, mais je ne voulais pas faire un hommage figé. C’est plus une manière de faire revivre ces œuvres, de les faire renaître dans un autre langage. C’est d’ailleurs pour ça que l’album s’appelle REBORN. Ces morceaux ont été composés il y a parfois plusieurs siècles, et l’idée c’était de les sortir de leur contexte pour les ramener dans le présent, sans les trahir.

Est-ce que tu considères ce projet comme un hommage ? Y a-t-il des compositeurs que tu aurais aimé reprendre mais que tu as laissés de côté ?

Et oui, il y a d’autres compositeurs que j’aurais aimé reprendre – Bach, Debussy, ou même Chopin (je suis un grand, grand fan de Chopin, haha) – mais je n’ai pas trouvé l’angle, ou alors ça ne collait pas encore à l’univers sonore de l’album. Parfois, ça ne rendait tout simplement pas bien en version Melodic Techno, et il vaut mieux reconnaître ses échecs que forcer quelque chose qui ne fonctionne pas.

Tu travailles beaucoup avec des chœurs, des nappes orchestrales… Comment tu abordes la production concrètement ? Tu samples ? Ou tu réorchestres ? Tu bosses avec des musiciens ?

Je réenregistre tout moi-même. Pour l’instant, je n’ai pas encore eu l’occasion de travailler avec un vrai orchestre ou des chœurs, même si c’est clairement un objectif à terme. Mais je voulais aussi prouver qu’avec les bons outils, une vraie sensibilité musicale, et du temps passé sur le sound design, on peut recréer un orchestre virtuel qui sonne de manière très crédible, presque comme un vrai. Je n’utilise pas de samples tout faits — je recompose, je réorchestre, je travaille chaque couche comme si j’écrivais pour un orchestre réel. Il y a un côté artisanal, mais aussi une volonté de rendre le tout aussi vivant que possible, même si c’est “in the box”.

Peux-tu nous parler d’un moment de galère ou d’obsession sonore pendant la création de l’album ? Le fait de toucher à des classiques, c’était intimidant ?

Franchement ouais. Quand tu travailles sur un truc comme le Lacrimosa, t’as toujours une voix dans la tête qui te dit : “t’es sûr que tu veux y toucher ?”. Mais au bout d’un moment faut se lancer. Le plus dur, c’était de garder l’intensité de l’original tout en le rendant club. J’ai passé pas mal d’heures sur les drops, juste pour trouver le bon équilibre entre les cordes et le kick.

Tu penses avoir mis quelque chose de personnel dans ces reworks ?

Oui, parce que même si je pars de morceaux connus, je les refais à ma sauce. Je choisis ce que je garde, ce que je transforme. Je les ressens à ma manière. Donc forcément, il y a une part de moi dedans, même si ce n’est pas forcément ultra intime, comme peut l’être un album composé uniquement de morceaux originaux.

On a parfois l’impression d’écouter une “rave symphonique”. Tu as composé comme un chef d’orchestre ou comme un producteur ?

Plutôt comme un producteur. Je pense en structure, en énergie, en impact. Mais je garde une oreille attentive aux arrangements, aux harmonies. Disons que j’ai le cerveau du producteur et le cœur de l’orchestre, mais le but reste que ça fonctionne en club.

La Melodic Techno évolue vers quelque chose de plus visuel, cinématographique… Tu trouves ça logique ?

Oui, totalement. On est dans une époque où l’image compte autant que le son. Les gens veulent vivre une expérience, pas juste écouter un beat. Moi ça me parle : j’ai grandi avec des BO de films, avec des shows qui racontent quelque chose. Je trouve ça cool que la scène évolue dans ce sens.

Ce projet donne envie de te voir avec un orchestre. Tu penses à un live ou une forme scénique plus orchestrée ?

Pour l’instant ce n’est pas quelque chose que je suis en train de développer activement, même si c’est toujours dans un coin de ma tête. L’idée d’un live avec orchestre me parle évidemment, mais aujourd’hui, je me concentre surtout sur les clubs, en montrant qu’on peut faire cohabiter l’énergie de la Melodic Techno avec la puissance dramatique de la musique symphonique. J’ai envie de poser les bases de ce crossover, de faire exister ce son sur les scènes électroniques. Mais pourquoi pas un show plus orchestré dans un futur proche, si le bon cadre se présente.

Si tu devais faire découvrir ton album à quelqu’un qui ne connaît ni la Techno, ni Verdi ou Mozart… Tu lui ferais écouter quel morceau en premier ? Et pourquoi ?

Je dirais O Fortuna, sans hésiter. C’est probablement l’un des morceaux classiques les plus reconnaissables au monde, même pour quelqu’un qui n’écoute pas ce style. Et dans ma version, on sent tout de suite le mélange des deux mondes : l’intensité dramatique de l’original, et la puissance électronique de la techno. C’est un bon point de départ pour comprendre l’ADN de l’album.

Cet album de Leblanc, comme un pont entre deux mondes

La sortie de l’album nous permet donc de redécouvrir 6 titres déjà sortis (Lacrimosa, Dies Irae, O Fortuna, Palladio, Moonlight Sonata et Now We Are Free), mais aussi d’en écouter 4 nouveaux (Enigma Variations, In The Hall Of The Mountain King, Winter et Also Sprach Zarathustra). Gros kiff à l’écoute de Winter, rework du célébrissime Vivaldi, qui apporte une mélancolie dansante rare, ou d’Enigma Variations, référence à l’oeuvre symphonique d’Edward Elgar.

Avec REBORN, Leblanc ne se contente pas de revisiter les classiques : il les réinvente, les recontextualise, et les propulse dans l’univers des clubs. À l’heure où la scène Melodic Techno cherche à se réinventer, son approche ouvre un nouveau champ des possibles, quelque part entre l’Opéra Garnier et le Berghain. On se surprend même à reconnaître des mélodies déjà entendues par-ci par-là, que ce soit celles des pubs de notre enfance, dans les films de notre adolescence ou les séries de notre quotidien. Et si l’avenir de la musique électronique passait aussi par un regard vers le passé ?

Grooves endiablés et douceur mélodique rythment mes journées. Je passe également des disques avec l'équipe après les 39h.