Lollapalooza Paris faisait son grand retour à l’Hippodrome de Longchamp

En 2016, Lollapalooza créait l’événement en annonçant son implantation par chez nous. Le festival créé par Perry Farrell, festival majeur aux USA aux côtés de Coachella, poursuivait ainsi son internationalisation. Et on se faisait un plaisir d’accueillir un tel mastodonte, repris depuis par Live Nation même si Perry Farrell assurait encore un rôle d’ambassadeur pour venir présenter l’arrivée de son bébé dans la capitale française. Depuis, du temps a passé, et on a pu découvrir et savourer un festival massif, occupant les mêmes lieux que Solidays, et à la programmation Electro toujours plutôt léchée.

Souvent orientée principalement autour de la Bass, elle présentait ainsi chaque année des artistes rares voire inédits dans les festivals français. Ce point couplé à un public de feu toujours très connaisseur nous a vite fait apprécier ce festival, devenu un rendez-vous majeur de l’été. Comme tous les autres événements, on a évidemment dû tirer un trait dessus pendant deux ans, mais c’est avec un plaisir non dissimulé qu’on a enfin pu reprendre la direction du Bois de Boulogne et de l’Hippodrome de Longchamps le WE dernier !

Une configuration inchangée (ou presque !)

Arrivés sur les lieux sur les coups de 14h samedi, on a la chance de pouvoir rentrer assez facilement et rapidement via l’entrée presse. On ne constate donc pas de complications particulières sur les accès mais quelques témoignages de festivaliers dans la journée et autres commentaires sur les réseaux semblent nous indiquer que la queue à l’entrée a pu être compliquée. De notre côté, on profite de notre arrivée tôt pour faire un petit tour des lieux, en commençant évidemment par notre lieu favori, la Perry Stage ! Pas de changement, on la retrouve comme on l’avait laissée en 2019. Toujours sous une tente à l’extrême nord du festival, même la configuration technique de la scène ne semble pas avoir bougé d’un centimètre avec successions d’écrans LED rectangulaires et verticaux découpant les visuels des artistes. Pas d’innovation de ce côté donc, mais on n’avait pas à s’en plaindre il y a 3 ans donc on prend. Par contre, et là on aurait aimé un upgrade on y reviendra, toujours pas de revêtement au sol…

On continue notre petite balade sous un soleil qui tape en arpentant le festival vers le sud. Les différents stands de nourriture et boissons, sanitaires, et animations, occupent toujours toute la circonférence de l’Hippodrome, laissant son centre à l’imposante Tour Eiffel symbole du festival et à un gros stand de merch. On dépasse l’Alternative Stage, et on découvre un nouveau chemin sur la gauche menant à une nouvelle scène dite « Radar ». Présentant une programmation essentiellement rap, c’est un ajout intéressant au festival. Les deux Mainstage trônent elle toujours fièrement à l’extrême sud des lieux. Peu de suprise donc, on retrouve vite nos repères et c’est impatient que l’on fait demi tour pour profiter d’un artiste particulièrement talentueux que l’on suit attentivement, monsieur Asdek !

Une ambiance de feu qui fait travailler le cœur… et les poumons

Tout de suite, on retrouve cette ambiance si intense qui nous a fait apprécier ce festival dès la première édition. Asdek et son savant mélange de Tech House et Bass House mettent le feu à la Perry. Et dès 15h, c’est déjà pogo sur pogo à chaque drop ! Il faut dire qu’Asdek rentre direct dans le vif du sujet avec « Getting Hot » de Knock2. Un Knock2 bien présent dans son set avec évidemment également son flip sur « Murdah », probablement LE banger bass house du moment qui retourne toutes les scènes de la planète instantanément.

La Perry Stage est en tout cas déjà en feu, et surtout déjà un nuage de poussière. On le répète chaque année, il serait vraiment temps que l’organisation du festival propose un revêtement au sol de cette scène. Il en va de la santé des festivaliers, quasi toutes les personnes (même les artistes) présentes faisant état de difficultés à respirer le lendemain du festival et de sinus bien encrassés. Si vous prévoyez de venir à Lollapalooza et de squatter la Perry Stage, prévoyez un bon masque !

La première journée n’avait pas la programmation que l’on trouvait la plus alléchante mais a réussi à nous surprendre avec des artistes qu’on connaissait probablement trop peu. Avec en premier lieu Bizarrap, quasi inconnu par chez nous mais mégastar en Amérique du Sud. L’argentin a rassemblé une impressionnante et compacte communauté sud-américaine sous la Perry, pour un set surprenant et déroutant, mixant Electro, Trap, Bass, à ses influences latinos.

Sullivan King ne fera lui pas de quartier, découpant la Perry Stage à grands coups de Dubstep mixés à des touches Metal qui lui sont chères. C’est probablement sur son set que l’on verra le plus gros pogo avec un bon gros mur de la mort faisant quasi toute la longueur de la scène. Apashe continuera lui sur cette lancée, apportant une touche live dans son set up, ainsi que des styles un peu plus variés dans son set. Allant même jusqu’à proposer une touche de musique classique (qui a bien pris !), on a particulièrement apprécié le remix de Tony Romera sur son titre « Distance ». Par contre, on se serait bien passé de la lacrymo balancée après dans la fosse sur le set de Vladimir Cauchemar…

Même Malaa, une des valeures sûres de la journée que l’on a déjà pu voir maintes fois, a réussi à nous suprendre. Par son set déjà, n’hésitant pas à sortir de sa G-House / Bass House habituelle en proposant des pépites plus Progressive comme « Synthetic Blues » de Kasablanca, un régal. Mais aussi en ramenant un guest surprise en la personne de DJ Snake ! Un DJ Snake venu également sur la scène de la Mainstage pour clôturer la soirée pendant le set de David Guetta.

Après le Parc des Princes, c’est donc la deuxième fois en 1 mois que l’on voit les deux figures de la scène hexagonale partager une scène. Un beau symbole une nouvelle fois, que l’on espère voir se concrétiser en une collaboration entre les deux un jour. David Guetta a en tout cas assuré le closing du premier jour d’une main de maître. 1h30 de Future Rave puissante et aérienne, aussi bien pour ses originaux avec Morten que des remixes de ses propres tubes.

Crédits : Afterdepth

Un public atypique

Entre tous ces sets, on a largement eu le temps de faire quelques pauses et d’arpenter les allées de l’Hippodrome de Longchamp. L’occasion de constater une nouvelle fois que le public si particulier de Lollapalooza Paris, quand on a plutôt l’habitude des festivals electro, est toujours là. On sent toujours le côté « US/influenceurs façon Coachella ». La météo aidant, beaucoup de festivaliers sortent leurs plus beaux outfits à la mode, accompagnés de paillettes pour poser devant la tour Eiffel. Mais on sent aussi toujours autant le côté influenceurs très prononcé du festival, il n’est pas rare de pouvoir croiser dans le festival des célébrités.

Aperçus cette année : Enjoy Phoenix, Chris Marques, Cédric Grolet, Mory Sacko, Hugo Décrypte… Mais aussi pour notre plus grand bonheur de fans de musiques électroniques, des artistes comme Dustycloud ou même Gaspard Augé, tranquille dans la fosse sur Kavinsky, sans que personne le reconnaisse alors qu’il forme quand même l’un des duos les plus iconiques de la musique électronique. 

Un public qui a également déploré certains soucis logistiques sur le site. Il est vrai qu’on a pu constater des longues files d’attentes au point d’eau proche de la Perry Stage. On n’avait plus observer de telle file à Lollapalooza depuis les premières éditions, mais il faut dire que la forte chaleur ambiante n’a pas dû aider. Plus de point d’eaux auraient été les bienvenus, tout comme au moins un brumisateur en plus de celui, certes massif mais unique, présent près des mainstage.

Niveaux sanitaires, on a également pu observer quelques longues queues près de la Perry, alors que les toilettes situées à côté des fontaines étaient elle quasi tout le temps vide. Manque d’observation des festivaliers, probablement trompés par la longue queue dédiée uniquement aux fontaines, ou manque d’information ? Gros point positif néanmoins pour les toilettes, les agents d’entretien présents tout le festival pour assurer leur propreté. Ce n’est pas un job facile, loin de là, quand on sait dans quel état ce genre de toilettes finissent en général, alors on tenait à les remercier et signaler qu’ils ont tout notre respect.

Si le festival accueillait moins de monde que lors de sa précédente édition (60000 par jour contre 95000, source Le Monde), cela a donc quand même pu générer quelques longues attentes. Pas au niveau de la nourriture et des boissons de ce qu’on a pu constater de notre côté en tout cas (on a quand même pris soin d’éviter les heures de pointe des repas). Une offre de nourriture toujours aussi variée d’ailleurs, c’est appréciable, le festival gardant son habitude d’essayer de ramener des chefs de renom (Jean Imbert, Mory Sacko, Cédric Grolet…).  On ne s’est en tout cas jamais senti à l’étroit devant une scène en dehors des Mainstage, là où les années précédentes la Perry pouvait afficher plus de monde.

Un deuxième jour de folie

Crédits : Arianne Pionnier

On attendait impatiemment le dimanche pour sa programmation, entre performance exclusive de Contrebande (Habstrakt, Asdek, Basstrick) pour la première fois devant un public, jeunes talents prometteurs (Maazel, Moore Kismet), le patron JOYRYDE ou encore la tête d’affiche de la journée, l’excellent Illenium. Un beau panel de ce que Lollapalooza a l’habitude de proposer et qui lui donne sa place à part dans le paysage hexagonal : une programmation toujours très teintée Bass (Subtronics, Sullivan King notamment), toujours au moins deux grosses têtes d’affiches (Guetta, Illenium), des jeunes talents très prometteurs (Asdek, Maazel, Moore Kismet), mais aussi et surtout des artistes rares en France voire jamais venus.

Arrivés sur Contrebande, le trio nous a clairement retournés pour l’un des meilleurs sets du WE. Leur énergie communicative (en particulier Basstrick qui nous a gratifiés d’un saut un peu hasardeux alors qu’il a déjà une main en vrac) s’est parfaitement retranscrite dans la fosse pour ce qui aura probablement généré le plus gros nuage de poussière du WE ! JOYRYDE restera lui notre plus gros souvenir de l’édition. Toujours aussi impressionnant de technique, le britannique ne laisse aucun temps mort dans ses sets et jongle toujours aussi facilement entre Bass House, Trap et Drum’N’Bass. Quel plaisir de voir un tel artiste faire deux dates consécutives chez nous après sa date toulousaine en compagnie des SQWAD la veille !

Le closing d’Illenium a lui montré qu’on pouvait avoir une ambiance surchauffée sans forcément avoir un pogo à chaque drop (si vous n’êtes pas amateurs de l’exercice, prenez clairement vos distances avec l’avant de la Perry Stage). Toujours une fusion parfaite entre mélodies et explosivité, avec en points d’orgues ses pépites « Take Away » et « Sideways », avant une fin en Progressive sur « If I Lose Myself » et « Calling ». Avant cela, Kavinsky aura instauré une ambiance totalement différente avec un nouveau public également, dans un style évidemment plus lent et hypnotique que l’explosivité qui a marqué toute la journée (peut-être aurait-il été judicieux de le faire jouer plus tôt ?). Seul Subtronics semble avoir un peu déçu ce jour-là des quelques commentaires qu’on a pu voir sur les réseaux.

Et après ?

Et maintenant donc ? Maintenant que le festival est bien installé après plusieurs éditions réussies, que peut-on souhaiter pour le voir se développer encore plus ? Déjà une première annonce a été faite, le passage à 3 jours pour l’année prochaine, ce qui est déjà une belle preuve du succès du festival auprès du public. De notre côté, on espère une évolution scènique également. Côté Perry Stage, le festival est vite passé d’une scène ouverte parasitée par le son de l’Alternative Stage à une scène couverte plus au fond du festival, mais quasi pas de changement depuis. On espère enfin ce fameux revêtement au sol et pourquoi pas une production encore plus solide. Une programmation moins teintée Bass Music mais toujours centrée autour d’artistes rares en France permettra d’attirer également plus de monde. Le futur de Lollapalooza à Paris s’annonce en tout cas brillant après 2 ans de pause forcée !

Bulbi
Responsable Interviews