DJ Snake en quête d’identité sur son album Nomad

Photo de DJ SNAKE
DJ SNAKE

DJ Snake sort aujourd’hui “Nomad”, le troisième album de sa carrière. Et avant de rentrer dans le détail, il faut poser un contexte essentiel : cet album n’arrive pas dans le vide. On parle ici d’un artiste qui est devenu l’une des seules figures françaises de la culture électronique à être un acteur mondial de la musique dans sa globalité. Le premier DJ français à avoir rempli le Stade de France en solo. Un statut rare, quasi unique dans l’histoire de la musique française. Et c’est précisément parce que sa trajectoire est unique que ce nouvel album appelle un jugement exigeant.

Artwork de l'album "Nomad" de DJ Snake
Artwork de l’album « Nomad » de DJ Snake

Une (trop) grosse annonce pendant son stade de France

DJ Snake avait annoncé “Nomad” au Stade de France en mai dernier. Nom gigantesque affiché dans le stade avec la date de sortie initiale, QR code énorme, effet “blockbuster”. À ce moment là, c’était clair : DJ Snake ne vendait pas juste un album. Il vendait l’idée d’un nouveau chapitre historique. Puis, le 5 septembre est arrivé… mais rien n’est sorti.

Photo du show de DJ Snake au Stade de France
S.Camelot | Guettapen

Le projet sort finalement début novembre, sans explication ni communication officielle de la part de DJ Snake et son équipe à propos du report. Entre la promesse initiale et la réalité, il y a une dissonance. Cet album arrive donc avec un récit ultra ambitieux autour de lui, construit par DJ Snake lui-même.

Une tracklist (pas vraiment) généreuse

Avant même la sortie officielle de Nomad, DJ Snake avait déjà laissé fuiter une grande partie de son nouvel ADN musical. Huit titres étaient disponibles : Noventa, Paradise, Something Wrong, Patience, Bring The House Down, RELOADED, U Are My High et Teka.

Patience est l’un des rares morceaux qui retrouve un équilibre solide entre construction et émotions. On sent les influences multiples, mais elles s’assemblent avec fluidité. Bring The House Down s’impose également comme un retour aux racines, avec cette Trap agressive, nette et sans ambiguïté. RELOADED, de son côté, reste une valeur sûre qui a déjà largement démontré son efficacité en live.

À côté de ces réussites, d’autres titres questionnent. Paradise peine à convaincre avec sa reprise de Phil Collins, qui ne semble pas trouver son sens dans l’univers de DJ Snake. Something Wrong souffre d’un manque d’âme, accentué par un clip entièrement généré en IA qui n’aide pas à donner du relief. Teka et Noventa s’inscrivent dans son virage latino, mais sans véritable rupture esthétique : les idées sont là, les intentions aussi… pourtant le résultat reste assez tiède.

Enfin, U Are My High est probablement la décision la moins lisible. Le titre a quatre ans. Son intégration ici brouille davantage la lecture globale qu’elle ne la renforce. DJ Snake a souvent aimé le mélange, les ponts entre les époques, les allers-retours. Mais ici, l’intention d’ensemble se perd. Ces huit morceaux avaient pour rôle de donner envie. Ils ont eu l’effet inverse : plutôt que de nourrir l’attente, ils ont installé une forme de confusion sur la direction artistique.

Des nouveautés qui font les montagnes russes

Les neuf morceaux restants étaient donc très attendus pour rééquilibrer la perception d’ensemble. Certains avaient déjà tourné en live, notamment au Stade de France. Et cette seconde moitié d’album confirme le même sentiment : il y a des idées brillantes, mais elles semblent parfois livrées à l’état d’esquisses ou de drafts avancées.

L’intro Nomad fait très bien le travail : montée progressive, tension maîtrisée, synthés qui s’étirent. Ce titre sent quand même le projet d’il y a 8/10 ans, surtout quand on regarde les crédits et qu’on découvre Aluna et Tchami, artistes avec qui DJ Snake ne travaille plus depuis de nombreuses années. Cette entrée en matière donne malgré tout envie d’y croire. Monte Carlo ou Company montrent la curiosité sincère de Snake pour l’Afro House / Melodic Techno, avec parfois de très beaux passages, notamment dans les secondes parties.

Mais encore une fois, l’exécution n’est pas constante. Tsunami illustre cette impression de patchwork mal assumé : on a littéralement l’impression de deux morceaux recollés et jamais réconciliés. Cairo Express part sur une idée magnifique, puis s’égare dans un trop-plein de textures. Final Fantasy, qui est de loin le morceau le plus intéressant de l’album, contient des éléments typiques du DJ, mais la production semble inégale, jusqu’à une gestion de kicks et transitions qui surprennent… mais pas dans le bon sens.

L’impression globale est la suivante : DJ Snake a voulu multiplier les territoires, mais n’a pas pris le temps de choisir. Les morceaux regorgent d’idées. Beaucoup. Trop. Et celles-ci sont rarement poussées jusqu’à leur aboutissement.

Nomad, un album qui cherche sa place aux côtés de ses confrères

Si on juge “Nomad” dans l’absolu, ce n’est pas un mauvais album. Mais si on juge “Nomad” dans le contexte de la carrière de DJ Snake, ce n’est pas au niveau. Il faut être très clair : Nomad n’est pas un mauvais disque. Pris isolément, c’est un album qui tient la route, qui explore, qui tente, qui montre un DJ Snake libre, mobile, curieux, nomade. Le Français n’a jamais été un producteur monolithique. Ses deux albums précédents étaient déjà traversés par des esthétiques multiples. Il est dans son ADN de naviguer entre les mondes.

Mais ce qui faisait la force de DJ Snake dans “Encore” et “Carte Blanche”, c’était sa capacité à fédérer ces mondes dans une identité claire et cohérente. Nomad, lui, est un album où l’identité se dissout. L’univers Snake se dilue. Le disque ressemble à une playlist XXL très coûteuse, plutôt qu’à un récit.

Photo de DJ SNAKE
DJ SNAKE

Et peut-être qu’il y a une leçon là-dedans : quand on s’appelle DJ Snake, la forme ne suffira jamais si le fond n’est pas à la hauteur. Peut-être qu’après deux albums qui ont marqué une décennie entière de Dance Music, on espérait un troisième chapitre plus construit, plus incarné, plus définitif. Nomad avait les idées pour l’être. Il n’a pas eu la précision pour le devenir.

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