OpenAI veut casser le coffre-fort des œuvres protégées

Sam Altman

Quand on souhaite se projeter sur la direction que pourrait prendre le marché de la musique, on se tourne vers les États-Unis. C’est en effet le plus grand marché de notre industrie. Si l’on veut prendre la température, c’est un terrain d’observation idéal. Dernièrement, des nouvelles inquiétantes autour de l’IA ont créé un soulèvement parmi une multitude d’artistes, avec Paul McCartney en figure de proue. En effet, OpenAI, par l’intermédiaire de Sam Altman, a soumis une proposition au gouvernement américain visant à lever les protections du Copyright. Il souhaiterait entraîner ses modèles d’intelligence artificielle sur des œuvres protégées.

Le contexte, un 20 janvier 2025

Retour au 20 janvier 2025 : le modèle R1 de DeepSeek, une intelligence artificielle chinoise, est dévoilé au grand public. L’annonce promet une puissance similaire à l’incontournable ChatGPT d’OpenAI, tout en nécessitant une puissance de calcul minimale. Elle fait l’effet d’une bombe, provoquant une chute des marchés américains… Si une IA peut égaler les modèles existants sans besoins énergétiques démesurés, toute l’économie de l’IA s’en trouve menacée.

Au final, il semblerait que le modèle chinois ne soit pas si miraculeux. Sa performance reposerait notamment sur la copie d’une large part du travail réalisé par les entreprises américaines. Mais le décor est posé : la guerre de l’IA est bien réelle et les États-Unis doivent réagir. Donald Trump lance alors le Artificial Intelligence Action Plan pour accélérer le développement de l’IA sur le sol américain.

Le 13 mars dernier, OpenAI, rejoint par Google, a profité de la brèche et soumis à l’administration Trump ses mémos (ici pour Open AI et ici pour google). Le ton est donné : il faut à tout prix capitaliser sur l’intelligence artificielle. Sans revenir sur l’intégralité des sujets abordés, l’un d’eux a retenu notre attention. OpenAI réclame un accès illimité aux données pour entraîner ses modèles, y compris aux œuvres protégées.

Cependant, certaines œuvres sont protégées par Copyright me diriez-vous. Et bien cela ne fera pas reculer Open AI qui demande une réforme du Copyright américain. À coups de menaces de « danger chinois », de perte de compétitivité ou de souveraineté technologique, Sam Altman implore qu’on laisse libre cours à ses développeurs. À nos yeux, il a surtout flairé l’occasion de mettre la main sur du contenu jusqu’ici protégé, la Chine servant de prétexte commode.

Fair Use : la zone grise

Mais est-ce que cela est possible ? Aux États-Unis, le principe du Fair Use permet une utilisation limitée d’œuvres protégées sans autorisation pour la critique, l’enseignement, la recherche ou le commentaire. Jusqu’à présent, les tribunaux n’ont pas clairement tranché sur le cas précis de l’entraînement des modèles d’IA.

On se doute qu’OpenAI utilisera, quoi qu’il arrive, des œuvres protégées (et le fait sans doute déjà). Il est difficile, mais pas impossible, pour un artiste de prouver qu’un modèle d’IA a utilisé son travail. Une réforme explicite du cadre légal réduirait avant tout pour OpenAI le risque de litiges coûteux.

Quels risques pour les artistes ?

Les artistes pourraient voir, à court terme, une potentielle source de revenus disparaître : leurs œuvres seraient exploitées sans accord ni compensation. La valeur économique de leurs créations pourrait également être impactée. Si les nouvelles productions assistées par IA s’appuient sur des titres existants, il devient facile de recréer la signature artistique d’un créateur ; celle-ci ne serait plus si unique. Les œuvres générées par IA pourraient être faussement attribuées ou confondues avec les originales, portant atteinte à la réputation de l’artiste. On pourrait aussi connaître un appauvrissement culturel potentiel, déjà bien entrepris sans l’IA (sans viser personne… Keinemusik, on pense à vous ! Oups)

Lorsqu’on apprend que 10 % des titres livrés sur Deezer sont intégralement conçus par l’IA, on se dit qu’il n’y a qu’un pas pour que cela devienne réalité.

La riposte des créatifs

En réaction, plus de 400 personnalités du monde de la musique, du cinéma et de la télévision ont signé une lettre ouverte adressée au gouvernement américain. Parmi eux, Paul McCartney, Paul Simon, Bette Midler, Cate Blanchett, Taika Waititi ou encore Ben Stiller. Ils dénoncent une tentative de « démantèlement » du droit d’auteur au profit des géants de la tech. La lettre rappelle que l’industrie créative américaine représente plus de 2,3 millions d’emplois et constitue un pilier de l’influence culturelle du pays. Les signataires exigent que les entreprises d’IA obtiennent des licences appropriées comme n’importe quel autre acteur.

Quelles portes de sortie ?

Le raz-de-marée de l’intelligence artificielle ne semble pas pouvoir être arrêté. OpenAI a certainement déjà commencé à utiliser du contenu protégé par Copyright dans l’entraînement de ses modèles. Cette adresse au gouvernement américain ouvrirait avant tout une bataille juridique qui permettrait à OpenAI d’éviter à l’avenir des litiges coûteux avec les ayants droit. Toutefois, une régulation de l’écosystème tech américain pourrait limiter le pillage des droits des artistes. Voici quelques pistes que l’on pourrait imaginer.

La transparence des données : obligation de publier les jeux de données utilisés pour l’entraînement, afin que les artistes puissent contester ou réclamer une compensation si nécessaire.

Des licences collectives : les entreprises paieraient pour utiliser les œuvres, compensant équitablement les artistes.

Un cadre juridique clair : préciser quels usages par l’IA sont autorisés et sous quelles conditions (rémunération obligatoire, autorisation préalable).

Un possible mal pour un bien ?

Si l’IA représente beaucoup d’inquiétudes pour l’industrie de la musique, il reste cependant un aspect positif à tout cela. Elle met aussi en lumière des failles anciennes. Le Copyright (et, chez nous, le droit d’auteur) repose sur des modèles vieillissants qui profitent avant tout à l’oligopole d’Universal Music Group, Sony Music et Warner Music. La révolution IA rebattant les cartes, c’est peut-être l’occasion pour les artistes de reprendre la main sur leurs œuvres au milieu de ce chaos.

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