Le 29 avril 2025, le festival Dour a confirmé le retrait de Fantasm de sa programmation. Une décision prise après plusieurs semaines de vives réactions liées aux accusations publiques de violences sexuelles visant le DJ français. Une affaire qui n’a pas laissé la scène électronique indifférente.
Des faits signalés de longue date mais peu relayés
Depuis plusieurs années, Kenzo Meservey, alias Fantasm, fait face à de graves accusations de violences sexuelles. Celles-ci étant principalement lancées par des membres de la scène lyonnaise. Des témoignages anonymes, diffusés sur Reddit et d’autres plateformes, l’accusent d’agressions sexuelles et ont progressivement conduit à son boycott en France. À ce jour, aucune procédure judiciaire concernant ces accusations n’a émergé publiquement. Ces accusations ne sont pas les seules à ternir son image. Le DJ est aussi accusé de plagiat pour avoir volé des samples de Delete et d’autres artistes du label Spoontech.
Malgré la gravité des accusations, la parole des victimes a souvent été étouffée. Les publications de ces femmes étaient souvent signalées puis supprimées des réseaux sociaux. L’accès à ces témoignages était alors difficile. Il a fallu attendre avril 2025 pour que le sujet gagne en visibilité médiatique.
Réactions vives après l’annonce de Dour

Le 8 avril 2025, le festival Dour annonce la participation de Fantasm à sa future édition. L’annonce provoque de vives réactions sur les réseaux sociaux. Dans les commentaires, plusieurs personnes rappelaient que l’artiste était visé par des accusations publiques de violences sexuelles relayées depuis plusieurs années. Face à cette mobilisation, le festival suspend temporairement sa programmation, indiquant vouloir prendre le temps de réévaluer la situation.
Les commentaires étaient unanimes. On ne peut pas rester indifférents. On s’est donc permis de suspendre l’annonce.
L’organisation de Dour contacté par Belga
Le 16 avril, Fantasm publie une vidéo de neuf minutes dans laquelle il partage sa version des faits. Cette intervention, centrée sur un seul témoignage qu’il présente comme celui d’une ex-compagne, tente de remettre en cause la crédibilité de cette dernière. La vidéo relance les débats, notamment en raison de son angle limité et de l’absence de prise en compte de l’ensemble des accusations.
Cinq jours plus tard, le 21 avril, une ancienne amie de l’artiste, skamrine, publie un témoignage sur Instagram. Elle affirme avoir relayé dès 2022 des accusations contre Fantasm, basées sur les témoignages de deux femmes et des faits qu’elle dit avoir constatés. Ces prises de parole l’auraient menée à une plainte en diffamation déposée par Fantasm à son encontre. Elle conteste certaines déclarations de l’artiste, notamment l’omission de certaines accusations et l’utilisation fréquente de plaintes pour diffamation contre ceux qui témoignent publiquement.
Le 29 avril, après plusieurs jours de controverse et d’interventions publiques, Dour annonce officiellement que Fantasm ne fera pas partie de sa programmation.
Revenir pour mieux comprendre
Il y a quelques semaines, notre rédaction a publié un article à propos de cette affaire. Si les faits étaient présentés de manière factuelle, nous reconnaissons aujourd’hui que le traitement manquait de recul. En relayant la parole de l’artiste sans suffisamment contextualiser les accusations portées à son encontre, nous avons participé, malgré nous, à déséquilibrer la lecture de la situation.
Nous avons depuis choisi de retirer ce contenu. Ce nouveau texte a pour but de replacer les faits dans leur juste cadre, de relayer la parole des victimes et d’assumer notre part de responsabilité. Parce que donner la parole, c’est aussi faire des choix. Et nous croyons que ces choix doivent être éclairés, justes et respectueux des personnes concernées.
Violences sexuelles : une justice trop souvent silencieuse
Les difficultés soulevées dans cette affaire s’inscrivent dans un cadre plus large concernant les violences sexuelles en France. Selon les données du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE), du ministère de la Justice, d’Amnesty et du collectif NousToutes, voici les chiffres clés :
- 94 000 femmes déclarent chaque année avoir été victimes de viol ou de tentative de viol.
- Seulement 1 victime sur 10 porte plainte.
- Parmi les plaintes déposées, 70 % sont classées sans suite.
En 2021, 6 % des victimes de viol, tentative de viol ou agression sexuelle ont porté plainte. Toutefois, seulement 0,6 % de ces plaintes ont abouti à une condamnation. En 2024, les services de police et de gendarmerie nationales ont enregistré 450 100 victimes de violences physiques. Ces chiffres rappellent que l’absence de condamnation ne signifie pas absence de culpabilité et soulignent l’importance d’aborder ces sujets avec rigueur, écoute et responsabilité.
La réalité derrière les chiffres
L’affaire Fantasm soulève la question de la responsabilité des festivals, des organisateurs d’événements, des médias et plus largement de l’ensemble des acteurs du milieu. La lenteur des procédures et le faible nombre de condamnations interrogent sur l’efficacité des institutions, qu’il s’agisse de la police, de la justice ou des services d’accompagnement.
La parole des victimes est encore (trop) souvent minimisée ou réprimée. Dans ce contexte, relayer les faits avec rigueur est essentiel. Il ne s’agit pas de juger à la place de la justice mais d’informer sur des réalités trop souvent ignorées.














MERCI !
Le premier article de Guettapen qui traitait du sujet était vraiment problématique, orienté du côté du présumé agresseur, limite masculiniste, plutôt que des présumées victimes.
Celui-ci est vraiment plus à la hauteur.