Interview : La suédoise Molø répond à nos questions autour de son tout premier EP sur Vivrant

VERSION FRANCAISE

Depuis « Vanadis », on attendait avec impatience le travail de Molø, artiste suédoise repérée par Jeremy Olander à Stockholm, qui ouvre la plupart des soirées estampillées aux couleurs du label de ce dernier, Vivrant. Et quelle pépite qu’est ce « Luma EP ». Composé de 5 tracks, la productrice prodigieuse nous fait planer avec ses sonorités poétiques et légères. On commence avec « Luma », thème de l’EP, avec des sonorités légères, rythmés et teinté d’obscurité. Nous avons là un super titre bien clubby. « Norrø » est notre track préférée avec son ambiance ultra-poétique, ses envolées légères une fois de plus et ses nappes laissant l’auditeur rêveur, la larme à l’œil.

Ce titre inspire espoir et réconfort. « Bennebol », quand à lui, est le titre le plus Vivrant de l’EP, avec son minimalisme, sa basse galopante et son lead statique et assez Progressive House; faisant de lui le « banger » de l’EP. On continue avec « Kogi », titre dans la lignée de « Bennebol » mais misant d’avantage sur l’atmosphère que sur l’efficacité club, révélant également une part d’ombre dans les productions de Molø. Nous finissons cette review avec la version Ambiant de « Vanadis » baptisée « MOLØ’s Wind Down »; une version sans drums, qui nous évoque furieusement des sonorités très « Oxygene » de Jean-Michel Jarre. Voilà notre avis détaillé sur un des meilleurs EPs du catalogue Vivrant.

Mais ce n’est pas fini ! Nous vous proposons maintenant une lecture plus fournie de cet article avec une interview exclusive avec Molø, qui nous a fait l’honneur de quelques réponses à nos questions aiguisées :

« Luma » est ton tout premier EP solo sur Vivrant, label de Jeremy Olander. Nous avons entendu certaines de tes tracks dans tes récents mixs, comme #AnjunaUnlocked et Vivrant Lockdown. Quand as-tu commencé le premier morceau et quand as-tu terminé le dernier ?

J’ai commencé à travailler sur la piste « Bannebol » il y a environ deux ans, juste après que Jeremy et moi ayons terminé « Vanadis ». Cela m’est venu vraiment très vite. J’ai senti qu’il avait quelque chose à faire et je l’ai donc suivi. C’est devenu le point de départ de cet EP et, à partir de là, il a fallu environ deux ans pour le terminer. « Norrø » est le plus récent. Le nom est une référence au lieu où vivent mes parents, où je vais le plus souvent possible. Il n’y a pas d’endroit où je me sente aussi détendu que quand j’y vais. De toute évidence, c’est une piste que je n’ai pas eu la chance de jouer en club, donc j’ai très hâte de l’essayer.

Peux-tu nous raconter l’histoire de ce EP et quel fut ton processus de création ? Qu’est-ce qu’il raconte ?

Ça a été deux années très intenses et bizarres pour moi. Être capable de jouer aux dates estampillées Vivrant, apprendre à produire, sortir un morceau avec Jeremy, rencontrer mon petit ami, entendre exploser une bombe à l’extérieur de mon studio sont quelques exemples … Puis, bien sûr, il y a eu la pandémie. Je suppose que l’EP est en quelque sorte la dernière étape de cette période. Le dernier chapitre. Les sons que j’ai utilisés sur ces morceaux, la façon dont ils sonnent… C’est unique, c’est poétique, c’est léger !

Penses-tu avoir trouvé ton signature sonore, ton identité musicale ?

Pas vraiment, mais je pense que je ne suis pas loin de me découvrir. Le fond atmosphérique de ma musique sera probablement toujours là, mais même les morceaux « peak time » peuvent aussi être atmosphériques, alors j’ai hâte de plonger encore plus profondément dans la production et de continuer à me développer. Les mélodies ont toujours été ce qui m’a attiré vers la musique House. C’est ce qui m’intéresse, ce qui me donne envie de continuer à écouter et c’est ce qui transmet les émotions sur une dancefloor.

Parlons un peu production justement … Nous avons vu que tu utilisais Ableton Live. Quels sont tes plug-ins préférés ? Tu es plus stock plugins ou plus plugins tiers, extérieurs ?

J’ai commencé avec Logic Pro au début, mais Ableton a attiré mon attention il y a quelques années. Le workflow fonctionne bien mieux pour moi. Leurs effets de base sont super mais j’ai un faible pour Diva et Omnisphere.

Tu produits, organises et mixe ta session séparément ou en même temps ?

Cela dépend. Souvent, je peaufine de petites choses quand je suis dans le mood pour ne pas perdre la vibe. Habituellement, je donne la priorité à l’arrangement. Je veux être en mesure de parcourir les différentes parties de la piste avant de faire les dernières touches.

Une dernière question, plus ouverte : comment as-tu vécu ce confinement global ? Dans quelle mesure cela a-t-il nui à ta santé mentale et à ta revenu ? De ton point de vue, quelle est ton opinion sur les prochaines années pour « l’industrie » de la musique, va-t-elle redémarrer comme avant ou vois-tu une changement arriver ? Quelle règle changerais-tu si tu le pouvais ?

Cette année a été comme une montagne russe pour moi. Elle a été difficile pour le monde entier, mais surtout pour l’industrie de la musique. Sans être en mesure de pouvoir faire des spectacles, les artistes, gestionnaires, agents, propriétaires de lieux, barmans, etc … ont perdu la capacité de gagner leur vie. Ça aurait été incroyable de pouvoir faire une tournée pour inaugurer mon EP et jouer ces morceaux dans leur environnement, mais au final, ça n’a pas d’importance. Je suis contente que ce soit sorti et que les gens puissent les écouter. Même si c’est de la musique de club, au fond, j’aime à penser que cet EP est quelque chose que vous pouvez écouter à la maison, dans la voiture, au gymnase ou ailleurs. Ma vie est différente maintenant par rapport à ce qu’elle était il y a un an. Mais toutes les dates reportées et annulées me font passer plus de temps en studio, avec des amis et de la famille. J’espère pouvoir sortir encore plus de musique quand les choses reviendront à la normale. Ou du moins, la « nouvelle » normale. Je pense que la scène va encore en souffrir pour un certain temps. J’espère et je pense que les gens s’adapteront à la nouvelle situation à laquelle nous faisons face et qu’ils trouveront de nouvelles idées encore plus spectaculaires d’événements auxquels nous pourrons participer. J’espère qu’il en ressortira quelque chose de bon.

Beatport

ENGLISH VERSION

Since « Vanadis », we have been looking forward to the work of Molø, a Swedish artist spotted by Jeremy Olander in Stockholm, who opens most of the evenings stamped in the colours of the latter’s label, Vivrant. And what a nugget this « Luma EP » is! Composed of 5 tracks, the prodigious producer makes us soar with her poetic and light sounds. We start with « Luma », the theme of the EP, with light, rhythmic and dark tones. We have a great clubby title here.  » Norrø » is our favorite track with its ultra-poetic atmosphere, its light flights once again and its tablecloths leaving the dreamy listener with tears in his eyes. This title inspires hope and comfort. « Bennebol » is the most Vivrant title of the EP, with its minimalism, its galloping bass and its static lead and quite Progressive House; making him the « banger » of the EP. We continue with « Kogi », title in the line of « Bennebol » but betting more on the atmosphere than on club efficiency, also revealing a part of shadow in the productions of Molø. We finish this review with the Ambient version of « Vanadis » called « MOLØ’s Wind Down »; a version without drums, which evokes furiously the sounds very « Oxygene » of Jean-Michel Jarre. Here is our detailed opinion on one of the best EPs in the Vivrant catalogue.

But it’s not over yet! We now offer you a fuller reading of this article with an exclusive interview with Molø, who honoured us with some answers to our sharp questions:

« Luma » is your very first solo EP on Vivrant, label of Jeremy Olander. We heard some of those tunes in your recent streamed sets, like #AnjunaUnlocked and Vivrant at the Lockdown. When did you start the first tune and when did you finish the last?

I started working on the track ‘Bannebol’ about two years ago right after me and Jeremy wrapped up ‘Vanadis. It came to me unusually fast. I felt it had something and went with it. It became the outset of this EP and from there it took about two years to complete. ‘Norrø’ is the most recent one. The name is a reference to my parent’s country place that I go to as often as I can. There’s no place that makes me feel as relaxed as when I visit there. Obviously this is a track I haven’t had a chance to actually try out, which I’m very much looking forward to Getting that crowd response is a big of the process for me.

Can you tell us the story behind this EP and how was the process creating it? What does it recount?

It’s been two very intense and weird last two years for me. Being able to play shows with Vivrant, learning how to produce, release a project with Jeremy, meeting my boyfriend, having a bomb detonate outside my studio is to name a few. Then of course the pandemic came along. I guess the EP is kind of the last finishing touch to that period. The final chapter. The sounds you used on those tracks, the way that they sound … It’s unique, it’s poetic, it’s light !

Do you feel like you found your sonic signature?

Not really, but I think I’m on my way of getting there. The atmospheric foundation in my music will probably always be there but bigger peak time tracks can also be atmospheric so I look forward of diving deeper into production and continue developing. The melodies have always been what’s drawn me to house music. It’s what peeks my interest and makes me want to continue listen and it’s what conveys the emotions in a track.

Let’s talk about the production process … We can see you use Ableton Live. What are your favorite plug-ins ? Stock plugins team or third party plugins team?

I started with Logic at first, but Ableton caught my eyes a few years back, which I’m very grateful for. The workflow just works better for me. Their stock FXs are great but I have a soft spot for Diva and Omnisphere too.

Do you produce, arrange and mix your session separately or in the same time?

That depends. Often I tweak small stuff when I’m in the moment so I don’t lose to vibe. Usually I prioritise the arrangement. I want to be able to go through the different parts of the track fully before I make the final touches.

The final question, more open : how do you live this global lockdown/pandemic/uncertain future ? How deep did it affect your mental health and your incomes ? From your point of view, what’s your opinion about the next years for the music « industry », will it restart like before or do you see it changing ? What would you change if you could?

This year has been like a rollercoaster for me. It’s been challenging for an entire world but especially for the music industry. Without being able to do shows so many artists, managers, agents, venue owners, bartenders and everone in between lost the ability to make a living. It would have been amazing to be able to tour this project and play these tracks in their right environment, but at the end of the day it doesn’t matter. I’m just happy it’s out and that people can listen to them. Even if it’s club music at heart I like to think that this EP is something you can listen to at home, in the car, the gym or wherever else. My life is different now compared to what it was like a year ago. But all postponed and canceled shows get me to spend more time in the studio, with friends and family. Hopefully I’m able to put out even more new music when things get back to normal again. Or, the new normal. I think the scene will suffer from this for quite a while. I hope and think people will adapt to the new situation that we’re facing, and come up with new even more spectacular ideas of performances and events for us to participate in. I hope something good will come out of this.

Beatport

Scorch
Responsable Techno & Production