La sortie d’un nouvel album de Kölsch est toujours un petit événement. Une bonne partie de l’équipe (et notamment votre serviteur) est fan du travail de Rune Reilly Kölsch. Légende de la scène (on lui doit tout de même Calabria), le danois a déjà sorti 5 albums. 1977 et 1983 font figure de classiques absolus. Now Here No Where et Isopolis démontrent la faculté du producteur à surmonter les épreuves de la vie (COVID) pour proposer des sons toujours plus actuels.
Oui, mais où est le 5ème album dans tout cela me direz-vous ? On y arrive. 1989 est un album sublime, car il est personnel. Non content de contenir l’iconique Grey en son sein, on y sent un investissement émotionnel particulier. S’il n’est pas le dernier album sorti, nous en parlons afin de faire le lien avec le dernier projet du danois. Teasé lors de notre interview avec Rune à Tomorrowland Winter 2023, ‘I Talk To Water’ était annoncé comme étant le projet le plus personnel de Kölsch. Il nous a fallu quelques jours avant de pouvoir se faire un avis définitif dessus. Vous connaissez la chanson : c’est l’heure du debrief.
Entre puissance et mélodie
L’album commence sur I Talk To Water, en featuring avec Perry Farrell. Pour ceux qui ne le connaissent pas, il s’agit du chanteur de Jane’s Addiction, un groupe iconique. C’est donc un démarrage sur les chapeaux de roue, car il s’agit de l’une des nombreuses ID que l’on pouvait retrouver dans ses sets, et qui se matérialisent sur cet album. I Talk To Water a tout de même cette ressemblance avec ‘All That Matters’ dans ce qu’elle dégage : de l’émotion, un vocal bien écrit et aisément mémorisable, et une production chiadée. Une superbe façon de commencer l’album!
Dreams noue assez vite avec le signature sound de Kölsch : une basse roulante, des synthés typiques du danois, des chops et gimmicks vocaux … Ce morceau ramène à lui les habitués de ses productions, et pour cause : la catchline (All my dreams walked away with you – mes rêves sont partis en même temps que toi) combiné à ces notes de piano viennent titiller le plus profond de notre âme.

Pet Sound est quant à lui un titre très sympathique, mais surtout pour les fans de 1977, car il renoue avec des sonorités plus tech et funky que les productions très mélodiques du DJ au chapeau. On se retrouve avec un morceau très groovy. Il s’agissait d’un petit détour, avant de revenir sur des symphonies typiques de Kölsch. Khenpo est une production harmonieuse,
Thoughts nous évoque par la suite le même sentiment que Dreams. On retrouve, avec ces deux morceaux, ce qui a fait le succès de Kölsch : savoir parler à ses auditeurs au moyen d’une production aux composantes choisies. Ce titre a une progression mélodique crescendo superbe, qui permet de faire une transition sans difficulté avec Only Get Better. Idem pour ce titre : nous l’avons déjà entendu lors de ses derniers sets, et c’est le banger club/festival de l’album, qui a tout pour cartonner sur une piste de danse.
Implant quant à lui, consiste en un bel interlude au piano, qui offre un peu de répit avant que ne se lance Hands of Time. Ce dernier morceau fait la part belle à la puissance brute, avec encore une fois cette basse roulante très Kölsch-material et ces synthés cuivrés qui lui sont caractéristiques. Enfin, An Amazing a déjà été évoqué sur nos réseaux. Une petite histoire accompagne ce morceau breakbeat :
Un hommage avant tout
Comme indiqué plus haut, la force de cet album se trouve dans l’émotion que Kölsch y a mise. Ce dernier utilise en effet le deuil pour faire rejaillir celle-ci. Plus précisément, Rune se nourrit des sentiments induits par la mort de son père, Patrick Reilly, il y a près de 20 ans. Celui-ci était également musicien (chanteur, auteur). C’est à lui que Kölsch dédie l’album :
Cela me rend triste, mais sans la mort de mon père, je n’aurais pas créé toute cette musique, ni rencontré le succès.
Rune Reilly Kölsch
L’impact du décès de son père est tel, qu’il a fallu près de 17 ans à Kölsch pour pouvoir réécouter la voix de son père, et se décider à travailler avec les projets de celui-ci. De cela, émergent 3 morceaux : Grape, Tell Me, et It Ends Where It Began.
Soyons sans détour, Grape est un chef-d’oeuvre, authentique et brut. Ce côté dusty sur les kicks dans la production semble démontrer que Rune a voulu préserver, autant que faire se peut, le travail de son paternel. On entend par la suite ce dernier sur Tell Me, une ballade calme et reposante. Enfin, It Ends Where it Began clôt l’album en faisant usage d’une guitare acoustique folk ultra mélodieuse. Un au revoir lyrique, tant à l’auditeur qu’à Patrick Reilly, que Kölsch aura su réécouter pour perpétuer la dynastie musicale des Reilly.

Le projet d’une vie
C’est l’idée qui se dégage de l’album une fois l’heure d’écoute passée. Kölsch fait un panorama de ces vingt dernières années : le succès, certes, la mélodie, assurément, mais également les épreuves. Celles qui ont concerné tout le monde, mais surtout celles concernant sa famille. Il est étonnant de voir comme le deuil a renforcé l’artiste chapeauté, qui a mobilisé toute la force dont il disposait pour proposer un projet aussi personnel. Peu de personnes de la scène actuelle seraient capables d’affronter la réalité et de se mettre à nu de la sorte. C’est pour toutes ces raisons que ‘I Talk To Water’ entre dans la catégorie des grands albums.















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