Avec Are You Still You?, Cloonee ne cherche pas à répondre à une question aussi simple que le laisse penser son titre. Au contraire, il s’attaque plutôt à une interrogation qui accompagne désormais toute sa carrière : peut-on évoluer sans perdre ce qui faisait notre identité ? Sorti le 6 octobre via Good Music For Bad People et Hellbent Records, l’album reflète le fait que Cloonee refuse justement de choisir. Les 16 morceaux, s’étalant sur 47 minutes, réunissent différentes facettes de son parcours, de ses premières influences à ses productions les plus récentes.

L’idée est intéressante, surtout pour un artiste dont la communauté lui demande régulièrement de « ramener l’ancien Cloonee », quand une autre partie du public attend au contraire de nouvelles directions. Plutôt que de trancher, Are You Still You? répond qu’il s’agit d’une même histoire.
Le changement, c’est maintenant (et en collab) ?
Dès « Catch Me In Amsterdam », l’album installe une couleur plus Disco, avec ses touches de Funk et ses cordes lumineuses autour du vocal de Sirolf, que ce qu’on a l’habitude d’entendre chez le Britannique. On décèle par ailleurs la présence de SG Lewis et Jay Pryor dans les crédits : ceci explique cela… ! Plus loin, « Paradise » réunit Cloonee et Chris Lake, qui l’a révélé sur Black Book Records. On sent par ailleurs bien l’influence de production de ce dernier (avec ses synthés très Savana), ainsi que celle de la rappeuse américaine.
Voilà l’intérêt du projet. Exit la volonté d’un LP « Hellbent-like », 100% bangers only. Cloonee utilise au contraire le format LP comme showcase de différentes influences, énergies et périodes de son évolution.
Les collaborations participent largement à cette démarche. Les sensationnels Prospa reviennent avec « Good Girl », quelques mois après l’énorme succès de « Free Your Mind ». Franky Rizardo apparaît comme producteur sur « Get Up And Dance » … Chris Lake, Chris Lorenzo, Joseph Capriati, SOSA, Ranger Trucco, Yandel, ATLAC, Galo, Fallon, Tocadisco et Sirolf complètent un casting particulièrement dense… et terriblement actuel !
Beaucoup de nouveautés !
Quelques titres avaient participé à la promotion du projet avant sa sortie : « Good Girl », « Get Up And Dance », puis « Back Of The Club » et « Movimiento ». Si le premier était un joli follow-up de « Free Your Mind », le second titre porte définitivement la patte House 90s Rizardo. Le troisième titre dispose d’influences R&B ostensibles… et enfin, Movimiento porte ce timbre latino, typique de Hellbent et de son boss. Un vrai bon son bien dansant, auquel répond superbement Menealo un peu plus tard dans le projet, et qui est l’un de nos titres préférés tant il respire la fête et la danse.
4 titres connus avant la sortie, sur 16 … Vous comptez bien, cela fait 12 exclusivités ! Hormis Menealo, et pêle-mêle, évoquons le turbo banger qu’est 3:30AM en collaboration avec SOSA. De la Tech House pure, un peu plus rapide, un peu dark avec sa basse roulante… on se projette au club et c’est 100% validé. Comment ne pas parler, également, de la magnifique What Would I Do avec le désormais bien installé Ranger Trucco, qui nous a séduit dès la première écoute avec ce sample de « I’d Like » de Freshly Ground ? Mention spéciale également à la présence de Tocadisco sur l’excellente Nobody Likes The Records That You Play.
On ne saurait évoquer tout le reste sans oublier quelque chose, tant chaque morceau mérite son écoute. Le projet est très homogène, tout en étant hétéroclite. On vous recommande enfin la super disco outro Don’t You Want Me avec Chris Lorenzo, qui est une masterclass de production, et qui sample « Don’t You Want Me » de Jody Watley.
Le Cloonee d’avant, celui d’aujourd’hui et celui de demain
Cette construction du disque donne surtout du sens au titre. Are You Still You? n’est pas une remise en question des changements de Cloonee. L’adage « les meilleures soupes se font dans les vieilles marmites » tend à s’appliquer ici. En effet, l’artiste reprend certaines recettes qui ont contribué à son ascension, les confronte à ses nouvelles influences et les fait cohabiter avec des sonorités, samples ou propositions artistiques qu’il n’aurait peut-être pas osés quelques années plus tôt.
La somme de ces éléments demeure assez logique, in fine. Parti du Royaume-Uni avant de s’installer à Los Angeles, Cloonee a élargi ses horizons et construit un univers qui dépasse désormais largement ses propres productions. Il est aussi devenu l’un des visages de la Tech House actuelle et Hellbent Records s’est imposé comme l’un des labels de l’année.

Un artiste qu’on ne peut pas … cloner
Le pari de Are You Still You? était risqué, surtout pour un artiste Tech House. Le risque du catalogue de bangers 100% club est présent, et plane sur ce type de projets. Cloonee s’est cependant nourri de cette épée de Damoclès et l’a transformée en matière première. Le LP est délicieux à écouter, et le temps passe extrêmement vite. C’est l’un des seuls points négatifs de l’album : 47 mn …. mais c’est également assez logique, personne ne veut de la Tech House contemplative!
L’ancien Cloonee est là. Le Cloonee que le public connaît aujourd’hui aussi. Et quelques indices laissent entrevoir celui qu’il pourrait devenir demain. Après 16 morceaux, la réponse semble évidente : oui, Cloonee est toujours Cloonee. Mais il n’est clairement plus exactement le même.











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