Une enquête de Billboard accuse Alok d’avoir fait appel à des ghostproducers sans les rémunérer

Sale histoire pour la superstar brésilienne Alok, qui doit faire face à une accusation assez commune depuis l’avènement de l’ère « EDM ». Celle de faire appel à des ghosts producteurs. Ce qui en soit est une pratique que tout le monde sait plutôt courante dans le milieu. Là où ça devient plus gênant est accusé de ne pas avoir rémunéré les ghosts producteurs en question. Ces producteurs en question ? Il ne s’agit pas d’inconnus puisque l’on parle ici du duo Sevenn.

Les deux frères américains Sean et Kevin Brauer, élevés au Brésil, sont en effet connus pour leur hit ‘BOOM‘, sorti en collaboration avec Tiësto. Avant ça, ils avaient commencé à se faire connaître en sortant des morceaux avec Alok. Mais il semblerait qu’ils soient derrière beaucoup plus de production du brésilien que ce que les crédits officiels veulent bien dire. C’est en tout cas ce que rapport le site Billboard dans son enquête.

Alok/Sevenn, les débuts

L’article explique que Alok et les Sevenn se sont rencontrés en 2015. De cette rencontre a suivi la sorti de ‘BYOB‘, un remix du groupe de metal System Of A Down, qui a commencé à mettre en valeur le fameux son « Brazilian Bass » qui fera la renommée de Alok par la suite. Les Sevenn ont par la suite continuer à travailler avec Alok mais plutôt dans l’ombre, en tant que ghost producteurs. Le problème n’est pas tant la ghost production en elle-même comme on l’évoquait plus tôt. Tant qu’elle est assumée et que toutes les parties en retirent des bénéfices définis d’un commun accord.

Le problème ici et qu’ils révèlent à Billboard est que la relation avec Alok était « à sens unique ». Ils déclarent en effet avoir travaillé sur « au moins 14 tracks » pour lesquelles ils n’ont reçu aucun crédit ni compensation financière. Ils affirment également que ce sont eux qui sont à l’origine du style « Brazilian Bass » qui a popularisé Alok.

Alok a bien aidé au début, et on lui a rendu la pareille avec plaisir, jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’il profitait énormément de notre travail sans offrir du concret en retour.

Les frères Brauers, aka Sevenn, à Billboard

Billboard estime le manque à gagner des frères Sevenn à 1,3 million de dollars, en prenant en compte les revenus qu’auraient du générer leurs droits sur les passages en radio et les écoutes sur les différentes plate-formes de streaming, sur les tracks supposés co-produites par leurs soins. A vrai dire, il s’avère que le duo ne comprenait pas vraiment l’importance des contrats et d’un bon avocat. Le concept de royalties étant encore un peu flou pour eux. Ils ont même à un moment rejeté l’offre d’Alok de les payer sur deux tracks ghost-produites et leur offrir des royalites sur une troisième.

Ils estimaient sur le moment obtenir un juste retour uniquement en terme « d’opportunités et de partenariats ». Qu’ils n’auraient pas sans leur association avec Alok. Comme par exemple leurs premiers shows. Jouant notamment à Tomorrowland Brésil en 2016, mais aussi en Belgique en 2018 et 2019. Niveau shows, le déséquilibre était néanmoins encore clair. Les Sevenn jouant pour des cachets entre 500 et 2500 dollars, là où un set de Alok se facturait en 2018 entre 100000 et 150000 dollars.

Une relation à sens unique

Ils admettent néanmoins au passage qu’à leur rencontre avec Alok, ils étaient encore très naïfs et découvraient encore le monde, eux qui avaient passé les 20 premières années de leur vie à grandir dans ce qui semble être une secte. Alok aurait ainsi profité de son influence de « mentor » sur eux pour leur demander toujours plus de travail en les payant/créditant rarement. Il envoyait régulièrement des idées aux deux frères, en sachant en général expliquer très clairement dans quelle direction il voulait aller. Aux Sevenn ensuite d’exécuter.

S’agissant de ‘BOOM‘, les Sevenn commençant à ne plus être contents de leur relation professionnelle avec Alok, ils décidèrent de sortir le morceau avant que le brésilien ait pu y jeter une oreille, de peur qu’il s’accorde une nouvelle fois tous les crédits dessus. C’est tout de même lui qui a envoyé le morceau à Tiësto et lui a présenté le duo. La star néerlandaise a ensuite partagé aussi bien les crédits que les royalites à parts égales, tout en les invitant sur scène à l’Ultra Miami.

La défense d’Alok

Une relation compliquée donc, entre offres de compensations financières refusées par les Sevenn et certains de leurs travaux parfois totalement récupérés par Alok sans même leur en parler (l’article parle notamment du remix de Alok sur ‘Piece Of Your Heart‘ de Meduza). Le brésilien a tout de même tenu à se défendre sur ses réseaux sociaux et présenter sa version de l’histoire, en commençant par ‘Un Ratito‘, son dernier morceau en date avec Luis Fonsi au chant. C’est une nouvelle fois un morceau que Sevenn annonce avoir produit il y a plusieurs années et que Alok leur aurait volé. Dans la vidéo postée, il montre le processus de création du morceau. Il y ajoute également des copies d’écran WhatsApp, montrant que Kevin Brauer était d’accord avec l’orientation qu’il était en train de donner au morceau. Précisant également qu’il était crédité en tant que co-auteur du morceau.

Il a réagi également à l’article de Billboard dans deux longues stories Instagram. En commençant par nier le fait qu’il ait reçu une quelconque assignation en justice de leur part. Il continue en déclarant que lui aussi, étant producteur depuis l’âge de 12 ans, a vu son propre travail approprié par d’autres. Et que s’ils veulent régler ces faits, il faut passer par des moyens légaux et prouver ce qu’ils avancent, pas juste en faisant publier des informations par un journaliste.

Concernant ‘BOOM‘, il révèle avoir lui aussi travaillé dessus et n’avoir jamais été crédité pour. L’idée de ne créditer que Tiësto et Sevenn était de leur manager commun, pour donner plus de visibilité à Sevenn. Il donne ensuite l’exemple de plusieurs morceaux que les Sevenn affirment avoir produit, déclarant qu’il a travaillé sur ces morceaux sans eux et qu’il peut le prouver, ayant toujours les projets sur son ordinateur. Les Sevenn n’auraient en fait travaillé que sur le mastering de ces morceaux et il les aurait toujours payés pour cela.

Un autre point qui ne passe pas pour Alok concerne la mère des Sevenn. L’article explique qu’en 2019 elle a été diagnostiquée d’un cancer et que les frères ont reproché à Alok de ne pas avoir proposé de les aider financièrement. Alok conteste cette affirmation en déclarant leur avoir proposé de l’aide, qu’ils ont déclinée en indiquant qu’ils avaient de quoi passer cette épreuve et qu’elle avait fini par guérir.

Autre sujet épineux, la paternité du style « Brazilian Bass ». Alok déclare que c’est lui qui leur a fait découvrir le style et qu’ils ont commencé à en faire. Argumentant en disant qu’il avait sorti un morceau dans le genre il y a maintenant 10 ans.

Il conclut enfin en expliquant pourquoi pour lui les Sevenn sont surtout mal guidés dans la vie et leur carrière. Il explique qu’il recevait encore des messages de leur part en fin d’année dernière indiquant qu’ils voulaient continuer à produire de la musique avec lui et qu’ils étaient très reconnaissants. Ce qui peut paraître en effet surprenant si les Sevenn avaient des problèmes de crédits/royalties avec lui. Du coup, il explique surtout que pour lui tout cela est l’oeuvre de leur manager, ancien manager également de Alok. Il a décidé de rompre son contrat avec son ancien management car il n’était pas satisfait de ce qu’ils faisaient de sa carrière, et son ancien manager ne l’aurait jamais accepté. Il se servirait ainsi des Sevenn pour attaquer Alok.

Dossier complet de Billboard disponible ici

Couteau suisse et doyen de l'équipe à mi-temps, navigant entre Tech House, Progressive, Bass House, Melodic Techno, Trance, Deep, Electro...